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Spiritualité
Le hajj

Le pèlerinage à la Mecque unit les musulmans du monde

Chaque année, des milliers de musulmans et de musulmanes affluent à travers le monde pour le pèlerinage à la Mecque. Obligation spirituelle, le Hajj mobilise les pèlerins venant des quatre coins du monde. Il est l’un des rassemblements confessionnels les plus médiatisés. Si les années COVID et post-COVID ont affecté le nombre de pèlerins de 2020 à 2022, les candidats présents au Hajj pour ces dernières années sont au-delà du million de pèlerins.

il y a 8 heures

Le Hajj : une pratique religieuse 

Le Hajj ou le pèlerinage à la Mecque est le cinquième pilier de l’Islam. Le prophète (Paix et Bénédiction ssur Lui) dit : « L’Islam est fondé sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mouhamad est son Envoyé, l’accomplissement de la prière, de l’aumône légale (Zakat), du jeûne du mois de Ramadan et du pèlerinage ».

Le pèlerinage consiste en un ensemble de rites qui s’effectuent dans un espace déterminé, la Mecque, à une période de l’année lunaire durant le mois de Dhoul Hijja. Le musulman ou la musulmane accomplit le Hajj par amour de son Créateur. Allah dit : « Accomplissez, pour l’amour de Dieu, le grand et le petit pèlerinage » . Le rituel du Hajj est fondé sur l’intention de sacralisation (Ihram), la tournée autour de la Kaaba (Tawaf), la marche entre Safa et Marwa, et la station d’Arafat. Si l’un de ces actes n’est pas effectué, le pèlerinage est déclaré nul.

C’est pourquoi d’ailleurs, les pèlerins en difficulté de mobilité peuvent louer les services d’un tiers et les grands malades, même quand ils sont dans un état grabataire, sont parfois héliportés sur la station d’Arafat afin d’accomplir ce rite du Hajj. « Le Hajj, c’est Arafat » dit le Prophète (PBL).

Le Hajj : une obligation sous condition

Le Hajj est un acte cultuel en Islam. L’obligation d’effectuer le Hajj pèse sur tout musulman ou toute musulmane majeur(e) ayant les moyens et jouissant de ses facultés mentales. Le Hajj est ainsi une obligation sous condition pour le musulman. Le Noble Coran rappelle à cet effet « Dieu a prescrit aux hommes, par déférence envers Lui, de se rendre en pèlerinage pour quiconque en a les moyens » . L’obligation du Hajj pour le musulman est ainsi liée aux moyens. Historiquement saisissables comme « la provision et une monture capable de le transporter à la maison sacrée », les moyens actuels pour le candidat au Hajj impliquent les ressources financières pour couvrir les frais de transport, de logement et de nourriture pendant le séjour à la Mecque.

Le Hajj est une obligation à accomplir une fois dans la vie. Le Prophète Mouhammad (PBL) dit : « Le pèlerinage est prescrit pour une fois dans la vie. Qui l’accomplit plus d’une fois aura fait un acte surérogatoire ». L’obligation du Hajj pèse sur le musulman qui en a les moyens. Et quand il a les moyens, le musulman ne peut se refuser d’accomplir le Hajj. Le refus délibéré d’effectuer le Hajj, s’assimile à un déni de la foi en Allah.

Le Prophète dit « Quiconque possède des provisions et une monture capable de le transporter à la Maison sacrée de Dieu, mais qui n’accomplit pas le pèlerinage, qu’il meurt à l’état de juif ou chrétien » . L’obligation du Hajj incombe à celui qui en a les moyens. C’est une obligation individuelle non transférable à moins qu’un cas d’incapacité physique ou mentale ne soit avéré ou un décès. Une femme dit au Prophète (PBL) d’Allah « Ô Messager d’Allah, Allah a prescrit le pèlerinage à ses serviteurs alors que mon père est un vieillard qui ne peut même pas se tenir sur sa monture. Puis-je accomplir le pèlerinage à sa place ? » Le Prophète (PBL) répondit « Oui ». La possibilité d’accomplir le Hajj pour une tierce personne suppose que l’on a soi-même déjà effectué le Hajj.

En effet « Le Prophète avait entendu un homme dire Labaïka de la part de Choubrouna ? » Le Prophète demanda « Qui est-ce Choubrouna ? ». L’homme répondit « C’est un frère ou un proche parent ». Le Prophète dit : « As-tu accompli le pèlerinage pour toimême ? », l’homme répondit « Non ». Le prophète dit : « Accomplis le pèlerinage pour toi-même et ensuite pour Choubrouna » . Ainsi, quand on a les moyens, l’accomplissement du Hajj devient une obligation personnelle, avant de vouloir, par générosité, en faire bénéficier d’autres.

Le Hajj : un engouement national et mondial  

Dans des pays d’Afrique de l’Ouest, comme la Côte d’Ivoire, le Hajj revêt le sceau de la spiritualité. Cet engagement par amour d’Allah du pèlerin fonde tout l’investissement individuel consenti. Le Hajj est pour les pèlerins un couronnement de l’engagement spirituel.

Et de façon corollaire, la reconnaissance sociale que confère le Hajj indépendamment de la volonté du pèlerin est ancrée dans nos sociétés. Les titres honorifiques religieux de « Hadja » pour les femmes et « El Hadj » pour les hommes accordés aux pèlerins dès leur retour du Hajj traduisent toute cette mobilisation communautaire autour du pèlerinage à la Mecque. Les familles, les tribus, des villages et des cantons s’organisent pour rendre inoubliable ce voyage en terre sainte. De mémoire de jeune adulte, le pèlerinage à la Mecque est ce voyage pour lequel, la plupart du temps, le voyageur ne se rend pas chez les parents pour l’au revoir d’avant voyage.

Mais ce sont plutôt les parents, amis et connaissances qui visitent le candidat au Hajj pour requérir leur part de bénédictions lors du voyage en terre sainte. Au niveau national, il y a comme une sorte d’unité et d’engouement collectif autour du pèlerin pour le pèlerinage.

En Côte d’Ivoire, un contingent de 10 000 pèlerins effectue le pèlerinage à la Mecque. Les musulmans dans le monde, qu’ils soient Chiites ou Sunnites, de tendance Wahabite, Qadri, Tidjannite ou adeptes de n’importe laquelle des écoles juridiques (Malikite, Hanafite, Hanbalite et Chafiite), sont à l’œuvre pour le Hajj. Pour l’édition 2025/1446H, ce sont 1 673 230 pèlerins qui ont effectué le Hajj. Ces pèlerins, venant de divers horizons convergent par des voies variées vers la Mecque. Il s’agit de musulmans de différentes races, de continents éloignés les uns des autres qui se retrouvent en terre sainte dans la même période avec une intention identique qui est celle de l’accomplissent du Hajj pour la face du Créateur, Allah.

La Hajj est ce rendez-vous mondial fondé sur la Foi qui réaffirme l’unité et le sens de notre humanité, comme Allah nous le rappelle « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent ». Ce sont donc des musulmans venus du monde entier qui se retrouvent, qui sont réunis, qui prient et exaltent la grandeur de leur Seigneur, Allah. En réponse à cet appel d’Allah, ces musulmans, venus de toutes les contrées du globe, à partir du point de sacralisation, disent avec conviction et ferveur durant leur séjour du Hajj : « Me voici Seigneur, me voici, me voici ! Tu n’as aucun associé ; Me voici ! À toi la louange, la Grâce et Souveraineté ! Tu n’as aucun associé ! ».

C’est la « Talbia », une invocation à la gloire du Créateur suprême, Allah. Elle rythme le quotidien du pèlerin et retentit dans les espaces du rituel du Hajj.

L’habit de l'Hiram : la tenue de l'humilité et de l'unité 

L’habit de l’Ihram est la tenue de sacralisation. Quand il est en état de sacralisation, le pèlerin homme, « ne doit porter ni tunique, ni ruban, ni pantalon, ni burnous, ni pantoufles sauf pour celui qui n’a pas de chaussure.

Alors qu’il porte des pantoufles et qu’il les troue au niveau de la cheville. Il ne doit pas porter d’habit teinté au Safran ou Wars ». La tenue de sacralisation ou l’habit de l’Ihram est constitué pour l’homme de deux pièces d’étoffe blanche et propres. L’une appelée « Rida » couvre les épaules. L’autre « Izar » entoure le milieu du corps. Quant à la femme, elle n’est pas soumise à l’exigence d’une tenue spécifique d’Ihram. Selon la tradition prophétique, elle ne doit pas porter le voile couvrant le visage ni de gants pendant l’Ihram. Et, quand elle opte pour une tenue, celle-ci doit être de couleur sobre, longue, ample et non transparente.

La tenue à base des deux étoffes de tissus blancs et propres est valable pour les hommes qui effectuent le pèlerinage. C’est la conformité à cet uniforme et les boubous parfois blancs que portent les femmes qui donnent l’image du tout blanc des pèlerins durant les tours autour de la Kaaba, le parcours de la distance entre Safa et Marwa et à la station d’Arafat. Ces deux étoffes qui servent à couvrir les parties du corps sont la tenue de tous, sans distinction de rangs, de titres et de grades. Le pèlerin quel qu’il soit, qui qu’il soit, d’où qu’il vienne s’habille exclusivement avec ces deux étoffes. D’où l’expression de l’humilité et de l’égalité des hommes vis-à-vis du Créateur, Allah. Variés du fait de leur provenance, unis par l’intention d’accomplir le Hajj, unis dans l’exaltation de la grandeur du Seigneur par la « Talbia », et surtout, unis en apparence par la tenue de sacralisation (l’Ihram), les pèlerins fraternisent et interagissent comme un seul homme. Le culte du Hajj, rythmé de rites communs, consacrent l’unité de la Oumma islamique à la gloire du Créateur, Allah.

La Mecque, appelée aussi terre sainte, abrite les lieux saints de l’islam dont le plus emblématique est la Kaaba. La Kaaba ou « la Maison d’Allah » a été construite par le Prophète Abraham (PBL), spirituellement reconnu comme « le père du monothéisme ». Les musulmans du monde entier convergent vers la Mecque pour l’accomplissement du Pèlerinage. « Je vais à la Mecque » ou encore « Je vais au Hajj » nous dira toujours le pèlerin. À peine voire jamais, dira-t-il, que « Je vais en Arabie Saoudite ». Le pèlerinage n’est pas une visite en Arabie Saoudite. C’est un pèlerinage à la Mecque même si la Mecque se retrouve aujourd’hui sur le territoire du Royaume d’Arabie saoudite.

Et, à la Mecque, en plus de la Kaaba, se retrouvent d’autres patrimoines spirituels islamiques qui retracent l’histoire de l’Islam, de la Mecque à Médine. Et pour le pèlerin, les visites à la Mecque ou à Médine sont structurées autour de ses symboles historiques de l’Islam. La grotte Hira dans les encablures de la Mecque, la tombe du Prophète Mouhammad (PBL) à Médine, la mosquée aux deux Qiblas, le site de la bataille de Badr et bien d’autres sont des symboles d’éveil et de renforcement de la foi du musulman.

L’histoire de l’islam lue dans les livres, enseignée par les savants musulmans à travers le monde mérite d’être corroborée avec le témoignage oculaire des lieux.

Les traces de cette histoire méritent d’être retracées, vécues à nouveau par les musulmans contemporains afin de se convaincre davantage de l’authenticité du message islamique. Le musulman, en allant ainsi au Hajj, consacre son attachement à son Seigneur Allah et sa rencontre avec des musulmans d’horizons divers reste une confirmation de l’universalité du message islamique.

Dr Kamagaté Vahama

Juriste et Communicologue en Développement