Mot d'Esprit
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Spiritualité
L’amour en islam

Aimer avec ou sans des règles ?

« Une religion dure et sévère. Une religion où le châtiment est sans cesse mis en avant. Une religion sectaire et fermée. Une religion qui ne fait que l’apologie de la guerre et du terrorisme. Une religion où certains adeptes appellent chaque jour à l’extermination de toute forme d’expression religieuse contraire, une religion dure, sèche et sans amour, etc. ».

il y a 4 heures

La sémantique et le champ lexical de l’aigreur, l’antipathie, l’animosité, l’exécration semblent avoir rudement fleuri dans le jardin mental de la doxa. L’Islam est une religion fermée, où l’amour est étouffé, encadré, encastré dans des convictions obsolètes et des pratiques grégaires.

L’étiquette est pourtant vite déconstruite, à l’aune des sources jurisprudentielles coraniques. Un écart aussi éléphantesque que la différence entre le jour et la nuit. Nul besoin de se questionner s’il fait jour quand le soleil est au zénith.

L’amour en Islam, conditionné ou non ? Une problématique polysémique à circonscrire, pour réaliser que l’ignorance est la source première du péché.

L’amour conditionné ?

Dans un hadith rapporté par An ‘Nasai, le Messager d’Allah saw a dit : « Le Trône du Seigneur est entouré de tribunes en lumière où s’assoient des gens vêtus en lumière, leurs figures sont toute lumière. Pourtant, ils ne sont ni des inspirés, ni des martyrs. Ils sont mêmes enviés par ces derniers ».

Ses compagnons, tous curieux demandèrent : « Mais qui sont-ils ces rapprochés ? ». « Ils sont ceux qui s’aiment pour Dieu, se réunissent et se rendent visite à cause de Lui », dit le Messager d’Allah saw.

Il n’est donc pas possible de revendiquer sa foi musulmane, sans la nourrir à la sève vivifiante de l’amour. C’est la fondation qui permet de bâtir l’édifice de sa foi. « Aime pour ton frère ce que tu aimes pour toi-même et déteste pour lui, ce que tu détestes pour toi-même » a recommandé le Messager d’ALLAH, saw. L’on pourrait renchérir avec l’exhortation coranique : « Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères et craignez Allah, afin qu’on vous fasse Miséricorde. » S 49 V 10.

Au-delà du coreligionnaire, l’amour du musulman appelle à l’ouverture, à l’estime et la considération de l’autre, à la tolérance, au pardon, à la compassion, au respect, sans calcul. Interdiction lui est faite de porter atteinte à la dignité, la vie et aux biens du non musulman, sans raison légitime, sauf dans le cas de la défense de sa propre vie, ses biens et sa dignité.

Le Messager d’Allah saw a subi beaucoup de trahison et de méchanceté de la part d’hypocrites et d’ennemis non musulmans. Et pourtant, à tous ceux qui l’invitaient à prononcer des prières de malédiction contre ceux qui tuaient et assassinaient injustement les musulmans, il avait rétorqué d’autorité : « Je suis le Prophète venu avec la Miséricorde et non avec la malédiction. ».

Dans les hadiths rapportés par Abou Daoud ra, il est fait mention de ce recadrage du Messager d’Allah, saw : « Certes, celui qui commet une injustice envers un non musulman avec qui les musulmans ont des pactes de paix…, je serai moi-même son ennemi le jour de la résurrection ».

C’est pour cela qu’à Médine, il établit une cité de justice, de paix et de vivre ensemble, où les communautés juives, chrétiennes et non musulmanes étaient protégées dans leur conviction, leur foi et pratique religieuse.

L’Islam conçoit comme un paradoxe, le fait pour le musulman d’aspirer à l’amour divin, tout en faisant fi de l’amour du prochain.

L’amour du prochain comme source d'amour divin 

Le Messager d’Allah saw a partagé un récit saisissant avec ses compagnons. Il leur expliqua qu’un jour, un homme alla voir son ami qu’il avait aimé en Dieu.

Sur son chemin, Dieu fit poster un ange qui prit la forme d’un homme pour le questionner. « Où vas-tu ? » Lui demanda l’ange. « Je vais voir un tel » répondit-il. L’ange lui posa d’autres questions : « Vas-tu le voir pour lui demander un service ? Vas-tu le voir parce qu’un lien de parenté te lie à lui ? Vas-tu le voir pour un service rendu ? »

A toutes ces questions, l’homme répondit par la négative. Et l’ange lui demanda enfin : « Mais pourquoi vas-tu le voir si ce n’est pour lui demander un service et s’il n’existe aucun lien de parenté entre vous ? »

L’homme lui dit avec élégance et beauté intime : « Je vais le voir parce que je l’aime pour la cause de Dieu ». L’ange répliqua alors en disant : « Oh homme, sache que je suis un ange que le Seigneur envoie vers toi pour te dire qu’Il t’aime également, autant que tu aimes ce serviteur par amour pour Lui et pour cet Amour, Il te fait la promesse du Paradis ».

Ainsi a dit le Messager d’Allah saw, le jour de la résurrection, 7 catégories de personnes seront abritées sous l’ombre du Seigneur, au nombre desquelles, « deux hommes qui se sont sincèrement aimés pour Dieu… »

L’amour en Islam n’est pas une simple expression superficielle, émotive ou émotionnelle. L’amour n’est pas un choix, c’est l’impératif, la voie. Il est une force intime qui prend son encrage et sa source dans les greniers de la miséricorde divine. C’est une qualité de foi, une exigence de quête d’intimité avec le Majestueux ALLAH, d’autant plus que l’amour est l’un des noms et attributs de Dieu. Il est ‘‘Al Wadûd’’ (Celui qui aime à la perfection). Allah est Amour et Pardonneur. Ceux qui aspirent à Son Amour et Son Pardon ne peuvent qu’en faire un préalable de foi pieuse. L’amour du divin reste tributaire de l’amour voué à la créature. On ne peut aspirer à l’amour suprême, sans défricher les chantiers qui y mènent.

Ainsi disait le Messager d’Allah, saw : « A tous ceux qui veulent que Le Seigneur Qui est là-haut leur fasse Miséricorde, qu’ils fassent Miséricorde à ceux qui sont sur la terre et qui sont le fruit de la Miséricorde de Celui qui se trouve là-haut. ».

Vu sous cet angle, l’amour appelle au sursaut de soi, nonobstant les meurtrissures, les écueils et les trahisons qui peuvent naître des rapports avec les hommes.

L’amour au-delà des écueils 

Le Cheick Hassan Al-Banna utilise une image assez éloquente pour mettre en exergue à quel point, le musulman en quête permanente d’agrément et d’amour divin, doit avoir une hauteur d’esprit, une élévation d’âme et de cœur pour pardonner toutes les offenses possibles. Il dit : « Soyez comme des arbres fruitiers, lorsqu’on vous accueille avec des pierres, répondez avec des fruits ».

La vie du Messager d’Allah saw en elle-même, suffit de leçon. Il a été traqué au cœur de sa mère patrie (La Mecque). Il a été chassé, tel un indésirable, exproprié de tous ses biens et sevré de l’amour des siens. Il traversait des moments extrêmement difficiles après le décès de son oncle qui faisait barrage à la persécution des mecquois et du rappel à Dieu également de sa tendre et consolatrice épouse, de même que de la quasi-totalité de ses enfants, lorsqu’il a été lapidé par les bambins sur instruction des dignitaires de Tôïf pour protester contre son appel à l’adoration du Dieu Unique et Créateur. Il a été même contraint à dix (10) années d’exil. Il est parti de la Mecque, sa terre natale, avec la douleur et le déchirement de la séparation.

Il n’a subi que brimade, humiliation, dans les treize (13) premières années de sa vie apostolique. Ses proches ont été assassinés, sa dent cassée au cours de la bataille de Ouhoud dans les encablures de la ville de Médine.

C’est ce Messager saw qui viendra de ses dix années d’exil, pour réconcilier l’ensemble des mecquois et les unir autour du même noyau fécondant de foi, bâtisseur de nation cohésive où le bourreau d’hier a joui de sa protection. N’est-il pas légitime pour le musulman de s’inscrire dans l’imitation intelligente et éclairée d’un tel modèle parfait d’exemplarité, là où ALLAH Lui-Même dit :

« Vous avez un bel exemple à suivre dans le Messager d’Allah pour quiconque espère en Allah et au jour du jugement dernier » ? Sourate 33 Verset 21.

Les adeptes d’une telle religion peuvent-ils cohabiter avec l’aigreur, la haine, la rancœur, la vengeance et l’extrémisme ?

D’ailleurs, la meilleure marque de vengeance demeure l’amour. C’est dans le fleuve de l’amour sincère et pur que tombent tous les stratagèmes honteux de l’ennemi. L’amour est le point d’ancrage de la victoire sur le mal et l’adversité.

Des points de complexité peuvent toutefois apparaître comme les exceptions qui confirment la règle.

La complexité de l'amour en Islam 

Est-ce admis pour le musulman d’aimer sans restriction, sans règles ? La réponse peut être nuancée sans porter à confusion.

Par exemple, il n’est pas permis au musulman d’aimer le mal et la source du mal. Le musulman ne saurait aimer le diable et cela ne saurait-être perçu comme une restriction de la portée de l’amour en Islam.

Il ne saurait accorder du crédit aux comportements paradoxaux et de déviance morale, intellectuelle et spirituelle.

Jamais, il ne devait accorder une prime d’honneur au péché, au mal, mais cela ne le conditionne pas à haïr l’auteur du mal et du péché. C’est une langue de compassion et de douceur qui extériorise les propos d’un cœur aimant qui peut faire basculer la conviction du pervers ou du mécréant de la pire espèce.

On ne peut être plus éloquent que le Saint Coran en la matière : « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle (les gens) au sentier de Ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car, c’est Ton Seigneur Qui connaît le mieux, celui qui s’égare de Son sentier et c’est Lui Qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. » Sourate 16 Verset 125.

Le musulman est encouragé à aimer la compagnie des hommes de bon caractère et des personnes pieuses, non par sectarisme, mais par principe et nécessité de préservation et de sauvegarde de ses valeurs morales, intellectuelles et spirituelles. En la matière, le Messager d’ALLAH saw donnait l’exemple d’un chiffon que l’on trempe dans un liquide. De toute évidence, il aspirera le liquide dans lequel il a été trempé.

C’est pour cela qu’il compare le bon ami à un vendeur de musc. Sa compagnie apporte de la bonne senteur, la paix et la tranquillité de l’esprit. Quant au mauvais ami, il l’a comparé à un homme qui attise la forge avec le soufflet. Il ne vous apportera que gêne et étouffement.

Parce que l’amour tire sa sève nourricière du jujubier du trône sublime, seul l’amour bâti sur la fondation de la piété triomphera le jour de la résurrection. « Les amis, ce jour-là, seront ennemis les uns des autres, excepté les pieux. » Sourate 43 Verset 67.

En vérité, l’on découvre ici toute la sublimité de l’exclusivité de l’amour en Islam. Voilà pourquoi, Dieu avilit et rabaisse la main qui opprime et qui oppresse injustement. L’âme du musulman ne saurait se nourrir de la vengeance et de la rancœur.

Nul ne peut prétendre à l’amour du Seigneur sans marcher sur les ponts de l’amour des hommes. L’on pourrait cependant faire une digression et demander pourquoi l’Islam empêcherait par exemple deux personnes qui s’aiment de s’unir dans le cadre du mariage, sous prétexte de ne pas appartenir à la même religion ?

Evidemment, toutes les religions qui se réclament du monothéisme, ont en leur sein, des restrictions qui tiennent compte de certaines convenances et sagesses, sans que cela ne soit perçu comme une décrépitude et dépréciation de l’amour.

D’ailleurs, l’amour en Islam ne saurait être apprécié au rythme des seuls battements de cœurs entre deux individus, où seule la chair est priorisée et où l’amour est dépouillé de sa pureté divine. Dieu est Amour et de Lui, provient l’Amour.

Aimer, c’est bâtir un témoignage de foi et de piété. C’est porter l’humanité dans son cœur. C’est aspirer à une dimension supérieure au-delà du charnel. C’est faire un avec L’UN.


El Hadj Diabaté Fousséni, contributeur