Un parcours qui se cherche d'abord
Iyinoluwa Aboyeji est né en 1991 au Nigeria.
Il fait ses études secondaires au Loyola Jesuit College, puis part au Canada, à
l'Université de Waterloo, où il étudie le droit et les études internationales.
Très jeune, alors qu'il est encore étudiant,
il effectue un stage auprès de la World Youth Alliance au siège des Nations
unies à New York. Il s'engage ensuite dans plusieurs initiatives
entrepreneuriales et éducatives. Le jeune Aboyeji
participe à la création de Bookneto, une plateforme d'apprentissage en ligne
qui sera acquise par la suite. Iyinoluwa Aboyeji expérimente, change de terrain
et apprend en avançant. Chez lui, la vision semble se préciser en cours de
route.
En 2014, à 23 ans, il cofonde Andela avec Jeremy
Johnson, Nadayar Enegesi et d'autres entrepreneurs. L'objectif est d’identifier,
former et connecter des développeurs africains à des entreprises technologiques
internationales. La première promotion, à Lagos, compte six ingénieurs recrutés
parmi 700 candidatures. Dix ans plus tard, Andela est devenue une entreprise
mondiale du talent technologique et a atteint le statut de licorne en 2021.
Le talent était déjà là
Au cœur d'Andela, il y avait une question de perception du talent africain. Pendant longtemps, une partie du discours économique sur l'Afrique s'est construite autour de ce qui manquait, à savoir les infrastructures, les capitaux, les compétences et les opportunités. Andela a regardé le problème autrement.
Le talent existait déjà. Restait à construire
le système qui lui permettrait de rencontrer l'opportunité. Andela a cherché à
réduire l'écart entre le lieu où se trouvait le talent et celui où se trouvait
l'opportunité.
Aboyeji devait aussi convaincre des
investisseurs internationaux que ce qui était présenté comme une faiblesse
structurelle pouvait devenir un avantage. Cela demande un courage
entrepreneurial différent de la motivation classique. Il était question de regarder un problème
réel en face et décider, malgré sa complexité, qu'il mérite d'être résolu.
Future Africa résume aujourd'hui cette
philosophie en trois principes, notamment conduire avec courage, s'attaquer aux
problèmes difficiles et contribuer à la prospérité collective.
Flutterwave, ou le choix de repartir de zéro
En 2016, Aboyeji quitte Andela et participe à
la création de Flutterwave, spécialisée dans les infrastructures de paiement.
Le problème à résoudre, c'est un marché fragmenté, avec des systèmes de
paiement différents d'un pays à l'autre, et des entreprises qui peinent à
commercer au-delà des frontières.
Flutterwave veut construire une
infrastructure capable de faciliter ces transactions et de relier davantage les
entreprises africaines à l'économie mondiale. Sous la direction d'Aboyeji à ses
débuts, l'entreprise connaît une croissance rapide, puis poursuit son
développement sous une nouvelle direction.
Le geste le plus marquant reste peut-être
d'avoir quitté Andela alors qu'elle était déjà prometteuse pour s'attaquer à un
autre problème.
Chez beaucoup de dirigeants, la réussite
finit par enfermer. On tient un poste, un titre, une équipe, une réputation. On
protège alors ce que l'on a bâti au lieu de chercher ce qu'il faut construire
ensuite.
Le parcours d'Aboyeji suggère une autre
conception du leadership. La réussite n'est pas seulement quelque chose à
préserver. Elle peut devenir une responsabilité supplémentaire.
De bâtisseur à investisseur
Après avoir participé à la construction
d'Andela et de Flutterwave, Aboyeji s'oriente vers l'investissement et
l'accompagnement des entrepreneurs africains avec Future Africa. L'organisation
affirme soutenir des entrepreneurs qui s'attaquent à des problèmes structurels
du continent, avec du capital, de l'accompagnement et une communauté.
Sa posture change. Il construisait une
entreprise ; il construit désormais les conditions pour que d'autres
entreprises puissent exister.
L'intérêt est plus ancien. Dès 2015, alors
qu'il était encore chez Andela, il avait commencé à investir de petits montants
dans de jeunes entrepreneurs de son réseau, certains n'ayant pas accès au
financement nécessaire.
Un dirigeant peut mesurer son influence au nombre de personnes devenues capables d'accomplir davantage grâce à lui. Cette réussite fait moins de bruit qu'une levée de fonds, mais elle dit beaucoup de ce que l'on a transmis.
À quoi sert la valeur créée ?
Future Africa présente aujourd'hui sa mission
autour d'une idée : rendre la prospérité et le sens accessibles aux Africains,
notamment en finançant des entrepreneurs qui s'attaquent à des problèmes
difficiles. Cette dimension donne une autre lecture à son parcours. Au-delà de
la valeur économique créée, reste une question plus exigeante : à quoi
doit-elle servir ?
La dimension spirituelle du leadership, sans
religion ni grand discours, tient peut-être dans une question très concrète :
qu'est-ce que je fais de ce que j'ai reçu et de ce que j'ai construit ?
Aboyeji semble y répondre progressivement par
le partage de son capital, de son réseau, de son expérience et de ses
opportunités.
Son histoire ne demande pas à chacun de
devenir entrepreneur. Elle invite plutôt à identifier les problèmes que l'on
est prêt à prendre en charge personnellement, puis à accepter le travail que
cela suppose.
Ceux qui construiront l'Afrique de demain ne disposeront pas nécessairement de meilleures conditions pour commencer. Ils commenceront avec celles qu'ils ont. Et c'est peut-être là que commence la responsabilité.
Richard Konan