Selon les éléments communiqués à l'issue d'une opération du ministère du Commerce, menée avec l'appui des forces de sécurité, l'établissement, situé dans le quartier Air France, a fait l'objet d'une fermeture administrative et les produits ont été saisis. La procédure suit son cours. Reste une question que la fermeture ne règle pas : comment un tel lieu a-t-il pu s'installer dans une école ?
Ce que l'école enseigne sans le dire
On
vient à l'école pour apprendre les mathématiques, les langues, les sciences. On y apprend
aussi des règles, des limites, la responsabilité, la vie en société. Cet
apprentissage passe par les cours, mais aussi par ce que l'élève constate
autour de lui, c'est-à-dire les règles que l'on applique, les adultes qui les respectent non.
Dans
ce cadre, une activité commerciale n'est jamais tout à fait neutre. Un bar dans
l'établissement dit quelque chose aux élèves, même si personne ne l'a voulu. Un
enfant à qui l'on explique que l'alcool n'a rien à faire dans son école et qui
découvre qu'on en vend dans ses murs retient surtout ce qu'il a sous les yeux.
Le règlement affiché au mur ne représente rien dans ce cas.
Quand l'anormal s'installe
Une société perd rarement ses repères d'un coup. Une pratique est d'abord tolérée, puis elle devient habituelle, et ce qui choquait hier passe pour une bizarrerie. C'est ce changement qui devrait nous inquiéter.
La fermeture de l'établissement est la réponse institutionnelle, et elle était nécessaire. Elle ne dit rien de la question de fond : qui a laissé faire, et pendant combien de temps ? Personne n'est désigné ici, les procédures iront à leur terme. Mais il faudra bien que quelqu'un réponde.
Une organisation tient grâce à quelques règles que l'on ne négocie pas. Certaines pratiques s'accordent avec sa culture, d'autres la ruinent de l'intérieur. Une école n'échappe pas à cette logique, car sa mission lui fixe un cadre. Savoir refuser ce qui contredit la raison d'être d'une institution fait partie du métier de diriger.
Les élèves regardent les adultes
On reproche volontiers aux jeunes leur rapport à l'autorité, leur indiscipline, les influences qu'ils subissent. On se demande moins quel exemple on leur donne. Difficile d'exiger de la discipline d'un adolescent dont l'environnement dit le contraire. Difficile aussi de lui parler de responsabilité quand l'intérêt économique l'emporte sur la mission éducative, ou de lui demander de croire à des valeurs qui changent selon les circonstances.
Un adolescent observe, beaucoup plus qu'on ne le croit. Il repère qui tient parole, qui contourne les règles, qui ferme les yeux, qui intervient quand une limite est franchie. Éduquer ou encadrer, c'est accepter d'être regardé, donc d'être cohérent.
Une responsabilité partagée
Cette affaire ne résume pas toute une société, et il serait faux d'en faire le symbole d'une génération. Elle peut servir d'alerte.
L'école doit rester un endroit où l'on apprend, où l'on a le droit de se tromper et de progresser, où l'identité se construit sans que des intérêts commerciaux brouillent la vocation du lieu. Cela n'implique pas de couper les jeunes du monde réel. Ils auront à y prendre leur place, et mieux vaut qu'ils l'abordent avec du recul.
La
responsabilité est collective. Elle concerne les pouvoirs publics, les responsables
d'établissements, les enseignants, les parents et les élèves eux-mêmes.