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MASA 2026

Le financement des arts du spectacle au centre d’un panel

Dans le cadre de la 14e édition du MASA (Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan), un panel a réuni les professionnels du secteur autour du thème "Le financement bancaire des arts du spectacle africain, quelles sont les bonnes approches ?".

il y a 4 heures

"La data, ce n'est pas regarder combien de flux il y a dans un compte", a dit en substance Amara Kouyaté, directeur général adjoint de la Fondation BOAD (Togo). Ce dont les banquiers ont besoin, c'est d'une cartographie réelle de l'écosystème des Industries culturelles et créatives (ICC) : qui sont les acteurs, quel est leur niveau de maturité, quels ont été leurs historiques de renforcement de capacités, a-t-il poursuivi.

Sans cette base de données structurée, aucun modèle d'analyse financière ne peut fonctionner correctement. La proposition du DGA de la Fondation BOAD est pragmatique : les organisations professionnelles du secteur pourraient créer des observatoires dédiés à la collecte, à l'analyse et au partage de ces données. L'État doit également jouer son rôle dans cette dynamique.

Des mécanismes financiers pensés pour d'autres secteurs

Deuxième défi identifié : les outils bancaires classiques, notamment l’historique, l’état financier et la garantie, ne sont tout simplement pas adaptés aux réalités du secteur culturel.

Un promoteur qui signe un contrat de diffusion ne fonctionne pas comme un importateur de marchandises. Son cycle de production, ses revenus, ses garanties sont d'une nature différente.

Amara Kouyaté a insisté sur la nécessité de mécanismes de crédit "décalés sur le calendrier de production et de diffusion". Mais pour y arriver, il faut d'abord que l'analyste financier lui-même soit formé. « Il faut qu'il soit capable de lire un contrat de diffusion », a-t-il résumé. La formation ne doit donc pas être seulement du côté des artistes et producteurs, elle doit aussi toucher les équipes bancaires.

L'anticipation comme clé, et une offre nouvelle

Kouadio Elisée Kouassi, Kouadio Elisée Kouassi, représentant d'Ecobank Côte d'Ivoire, a mis le doigt sur une réalité souvent ignorée par les opérateurs culturels : le timing. Attendre d'avoir signé un marché pour aller négocier son financement, c'est déjà trop tard. La bonne approche, selon elle, c'est d'anticiper en début d'année en mettant en place une ligne de crédit, avant même que le besoin soit urgent.

"Impliquez votre chargé de compte dans la négociation que vous menez pour avoir votre financement", a-t-elle conseillé. Chaque dossier est traité au cas par cas, et c'est précisément cette souplesse qu'il faut activer.

Elle a également annoncé une offre concrète : Ecobank propose désormais un prêt sans garantie, dans le cadre du programme, à hauteur de 30 millions de francs CFA. Un signal fort, même si les conditions restent à étudier dossier par dossier.

Sur la question du financement non remboursable, Amara Kouyaté a précisé le positionnement de la Fondation BOAD. L'institution ne prête pas : elle fait des dons. Et son seul critère d'éligibilité est l'impact durable. "S'il y a un problème posé dans un cadre logique, qu'on peut résoudre de façon durable, nous allons soutenir ce projet", a-t-il affirmé.

Un encouragement direct pour les porteurs de projets culturels qui auraient tendance à s'autocensurer face aux bailleurs : ce n'est pas la taille du projet qui compte, c'est la solidité du cadre logique et la crédibilité de l'impact attendu.

Richard Konan