Ce constat ne concerne pas uniquement la Côte d'Ivoire. Partout en Afrique, les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales cherchent à mieux rapprocher les formations des besoins réels du marché du travail. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l'Organisation internationale du Travail soutiennent d'ailleurs plusieurs programmes visant à renforcer les compétences professionnelles des jeunes afin de faciliter leur insertion dans l'emploi.
Alors, les diplômes ont-ils perdu
leur valeur ?
Pas du tout.
En revanche, ils ne suffisent plus
toujours à convaincre un recruteur.
Le
diplôme reste indispensable, mais il ne garantit plus un emploi
Il serait faux d'affirmer que les
entreprises ne regardent plus les diplômes.
Pour devenir médecin, architecte,
enseignant, expert-comptable ou ingénieur, une formation reconnue reste
incontournable. Le diplôme demeure la preuve qu'un candidat possède un socle de
connaissances et a suivi un parcours exigeant.
Mais une fois cette première étape
franchie, les recruteurs cherchent à répondre à une autre question :
Que
savez-vous réellement faire ?
C'est là que les compétences
prennent toute leur importance.
Aujourd'hui, deux candidats
possédant le même diplôme peuvent laisser des impressions très différentes.
Celui qui a déjà effectué plusieurs stages, participé à des projets, maîtrisé
des outils numériques ou démontré sa capacité à résoudre des problèmes aura
souvent un avantage.
Les
entreprises recherchent des collaborateurs rapidement opérationnels
Le tissu économique ivoirien est
largement composé de petites et moyennes entreprises.
Pour ces structures, recruter un
salarié représente un investissement important. Elles disposent rarement du
temps ou des moyens nécessaires pour former un collaborateur pendant plusieurs
mois.
Elles recherchent donc des
personnes capables de comprendre rapidement leur environnement de travail,
d'apprendre vite et de contribuer efficacement aux activités de l'entreprise.
Cette réalité explique pourquoi les recruteurs accordent autant d'importance aux expériences professionnelles, même courtes. Notamment, un stage, une alternance, une mission associative, un projet entrepreneurial.
Toutes ces expériences permettent de démontrer qu'un candidat a déjà été confronté aux réalités du terrain.
Les
compétences comportementales comptent autant que les connaissances
Les entreprises parlent de plus en
plus des compétences comportementales, souvent appelées soft skills.
Elles regroupent notamment la capacité à communiquer ; le travail en équipe ; l'organisation ; l'autonomie ; la gestion du stress et la capacité d'apprendre rapidement.
Ces qualités sont devenues essentielles parce que les métiers évoluent plus vite qu'auparavant. Un salarié peut apprendre un nouveau logiciel.
En revanche, il est souvent plus difficile de développer l'esprit d'équipe, la capacité d'écoute ou le sens des responsabilités. Pour un recruteur, ces qualités font souvent la différence entre deux profils techniquement similaires.
Le marché du travail évolue plus vite que les formations
L'économie ivoirienne connaît de
profondes transformations.
La digitalisation des entreprises,
le développement de nouveaux métiers et l'évolution des attentes des clients
obligent les employeurs à rechercher des profils capables de s'adapter.
Dans ce contexte, certaines
compétences acquises pendant les études peuvent devenir rapidement
insuffisantes si elles ne sont pas régulièrement mises à jour.
C'est précisément pour répondre à
ce défi que plusieurs programmes nationaux et internationaux cherchent à
renforcer la formation professionnelle, l'apprentissage et les compétences
techniques des jeunes. La Banque mondiale poursuit par exemple un projet
consacré au développement des compétences et à l'amélioration de l'insertion
professionnelle des jeunes en Côte d'Ivoire.
Les
employeurs veulent des preuves, pas seulement des diplômes
Lors d'un recrutement, un diplôme indique qu'une personne a suivi une formation. Mais il ne montre pas toujours comment elle travaille. Les recruteurs cherchent donc des éléments concrets.
Ils s'intéressent notamment aux
projets réalisés pendant les études, aux stages effectués, aux responsabilités
exercées dans une association, aux certifications obtenues ou encore aux
réalisations personnelles.
Dans certains secteurs, un portfolio ou un projet abouti peut convaincre davantage qu'une longue liste de diplômes. Cela ne signifie pas que les études sont secondaires, mais montre simplement que les entreprises veulent comprendre comment les connaissances acquises sont mises en pratique.
Comment
renforcer son employabilité ?
Bonne nouvelle : les compétences ne se développent pas uniquement à l'université ou dans les grandes écoles. Les jeunes diplômés peuvent améliorer leur profil en multipliant les occasions d'apprendre.
Effectuer un stage, suivre une
certification, participer à un projet associatif, développer une activité
personnelle ou apprendre à utiliser des outils numériques sont autant de moyens
d'acquérir une expérience valorisée par les employeurs.
Il est également utile de
travailler son réseau professionnel, de participer à des salons de l'emploi ou
à des conférences et de rester attentif aux évolutions de son secteur.
L'apprentissage ne s'arrête plus à la remise du diplôme. Il devient permanent.
Une
évolution reconnue par les institutions
Le rapprochement entre la
formation et les besoins des entreprises constitue aujourd'hui une priorité des
politiques publiques.
L'Organisation internationale du
Travail souligne que la Côte d'Ivoire a mis en place plusieurs stratégies
destinées à améliorer l'accès des jeunes au marché du travail, notamment en
développant les stages, l'apprentissage et les formations orientées vers les
compétences.
De son côté, la Banque africaine
de développement finance le Projet
d'amélioration des compétences, de l'entrepreneuriat et de l'emploi des jeunes
(PACE), dont l'objectif est de renforcer l'employabilité des
jeunes et des femmes tout en rapprochant davantage les formations des besoins
des entreprises.
Ces initiatives montrent que le défi ne concerne pas uniquement les candidats. Il mobilise également les établissements de formation, les entreprises et les pouvoirs publics.
Le
diplôme reste une base, les compétences font la différence
Opposer les diplômes aux compétences serait une erreur. Les entreprises n'ont pas cessé de valoriser les études. Elles attendent désormais davantage. Le diplôme ouvre une porte. Les compétences permettent de la franchir.
Les candidats qui continuent à
apprendre, développent leur expérience et démontrent leur capacité à résoudre
des problèmes disposent généralement d'un avantage sur un marché du travail
devenu plus exigeant.
Pour les jeunes Ivoiriens, le véritable défi n'est donc plus seulement d'obtenir un diplôme. Il consiste à construire un parcours qui associe connaissances, expérience et capacité d'adaptation.
La rédaction