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Entrepreneuriat

Pourquoi tant de jeunes Africains abandonnent leurs projets avant de réussir

Créer une entreprise. Préparer un concours. Lancer une activité agricole. Développer une chaîne YouTube. Apprendre un métier. Reprendre des études. Les projets ne manquent pas. Ce qui manque parfois, c'est la capacité à aller jusqu'au bout.

il y a 5 heures

En Côte d'Ivoire comme dans de nombreux pays africains, il n'est pas rare de voir des initiatives prometteuses s'interrompre après quelques mois. Une activité démarre avec enthousiasme, puis ralentit progressivement avant d'être abandonnée.

Un projet de formation est repoussé. Une entreprise cesse ses activités avant d'avoir trouvé son modèle économique. Cette réalité ne traduit pas forcément un manque de volonté.

Elle résulte souvent d'un ensemble de facteurs économiques, psychologiques et sociaux qui rendent la persévérance plus difficile.

Selon l'Organisation internationale du Travail (OIT), l'Afrique accueille la population la plus jeune du monde, mais une grande partie de cette jeunesse reste confrontée à des difficultés d'accès à un emploi décent. Dans ce contexte, maintenir un projet sur plusieurs années représente un défi bien plus complexe qu'il n'y paraît.

La pression d'obtenir des résultats rapidement

L'époque valorise les réussites spectaculaires.

Les réseaux sociaux regorgent de témoignages d'entrepreneurs qui annoncent avoir bâti une entreprise rentable en quelques mois ou de créateurs de contenu qui célèbrent une croissance fulgurante.

Ces réussites existent. Mais elles donnent parfois l'impression que les résultats devraient arriver rapidement. Lorsqu'un projet progresse lentement, certains y voient un signe d'échec alors qu'il suit simplement son rythme normal.

Pourtant, la plupart des entreprises solides, des carrières durables et des projets ambitieux se construisent sur plusieurs années.

Les réalités économiques imposent parfois d'autres priorités

Persévérer suppose de disposer de temps. Or, beaucoup de jeunes Africains vivent dans un contexte où les impératifs financiers occupent une place centrale.

Trouver un revenu devient souvent une urgence. Il faut participer aux dépenses familiales, payer son logement, financer ses déplacements ou répondre à des besoins quotidiens.

Dans ces conditions, un projet qui ne produit pas rapidement de revenus peut être mis de côté. Il ne s'agit pas nécessairement d'un abandon par manque de motivation.

C'est parfois une décision dictée par les contraintes de la vie quotidienne.


Le manque d'accompagnement fragilise les parcours

Peu de projets réussissent sans conseils ni soutien. On constate que beaucoup de jeunes avancent seuls.

Ils ne disposent ni d'un mentor, ni d'un réseau professionnel, ni de personnes ayant déjà traversé les mêmes difficultés. Lorsque les premiers obstacles apparaissent, il devient facile de croire que le projet est voué à l'échec.

À l'inverse, un accompagnement permet souvent de comprendre que les difficultés rencontrées sont normales et qu'elles font partie du processus d'apprentissage.

La peur du regard des autres

Dans de nombreuses sociétés africaines, les projets personnels ne concernent jamais uniquement celui qui les porte.

La famille, les amis ou le voisinage suivent souvent leur évolution avec attention.

Cette proximité peut être encourageante. Elle peut aussi devenir une source de pression.

Lorsqu'un projet tarde à produire des résultats, les remarques se multiplient parfois. Certains invitent à « trouver un vrai travail », d'autres suggèrent d'abandonner une activité jugée trop risquée.

À force d'entendre que leur projet n'a pas d'avenir, certains finissent par douter de leurs propres capacités.

Nous confondons parfois lenteur et échec

Une entreprise qui ne réalise pas de bénéfices dès sa première année n'est pas nécessairement en difficulté. Un étudiant qui échoue à un concours peut réussir la session suivante. Un artisan met parfois plusieurs années avant de fidéliser une clientèle.

 Ces situations sont fréquentes. Cependant, des jeunes interprètent le moindre ralentissement comme la preuve que leur projet ne fonctionnera jamais.

Cette confusion conduit à abandonner alors que les premiers résultats sont parfois encore à venir.


Les difficultés ne sont pas les mêmes pour tous

Comparer deux parcours est rarement pertinent. Certains bénéficient d'un soutien financier familial. D'autres commencent avec un réseau professionnel déjà constitué.

Quelques-uns peuvent consacrer tout leur temps à leur projet, tandis que d'autres doivent travailler pour subvenir à leurs besoins.

Ces différences influencent fortement la vitesse à laquelle chacun progresse. Se comparer sans tenir compte de ces réalités conduit souvent à des conclusions injustes.

La persévérance est aussi une compétence

On présente souvent la persévérance comme une qualité innée. Les recherches en psychologie montrent pourtant qu'elle se développe.

Elle repose notamment sur la capacité à fixer des objectifs réalistes, à accepter les périodes de doute, à apprendre de ses erreurs et à ajuster sa stratégie lorsque les circonstances changent.

Persévérer ne signifie pas répéter les mêmes actions sans réfléchir. Cela consiste à rester fidèle à un objectif tout en adaptant les moyens utilisés pour l'atteindre.


L'Afrique a besoin de projets qui durent

Le continent compte l'une des populations les plus jeunes au monde.

Cette jeunesse représente une formidable opportunité de développement, à condition que les projets puissent dépasser le stade de l'idée.

 Chaque entreprise qui survit, chaque exploitation agricole modernisée, chaque innovation locale et chaque initiative sociale qui se développe contribue à créer des emplois, à produire de la richesse et à répondre aux besoins des populations.

Encourager les jeunes à aller au bout de leurs projets ne relève donc pas seulement du développement personnel. C'est aussi un enjeu économique.

Réussir demande souvent plus de temps qu'on ne le croit

La réussite est rarement linéaire. Elle est faite d'essais, de corrections, d'erreurs et de progrès parfois invisibles.

Abandonner un projet peut être une décision raisonnable lorsqu'il ne correspond plus à ses objectifs ou lorsque le contexte a profondément changé.

Mais renoncer uniquement parce que les résultats tardent à apparaître revient souvent à interrompre un processus avant d'avoir pu en mesurer le véritable potentiel.

Dans un monde où tout semble aller très vite, la persévérance reste l'une des qualités les plus sous-estimées. On note que c'est souvent elle qui fait la différence entre une idée abandonnée et un projet qui finit par transformer une vie.

La rédaction