Vous ouvrez Facebook ou Instagram pour quelques minutes. En quelques défilements, vous tombez sur un ancien camarade qui vient d'acheter une maison, un entrepreneur qui annonce un chiffre d'affaires impressionnant, une amie qui célèbre une promotion ou un créateur de contenu qui affiche les photos d'un voyage à l'étranger.
Quelques instants plus tard, une question s'impose presque malgré vous : « Pourquoi ai-je l'impression que tout le monde avance plus vite que moi ? »
Cette sensation est devenue familière pour de nombreuses personnes. Pourtant, elle ne reflète pas toujours la réalité.
Les réseaux sociaux n'inventent pas ce sentiment de retard. En revanche, ils peuvent l'amplifier en exposant en permanence chacun aux réussites des autres. Les recherches en psychologie montrent que la comparaison sociale est un mécanisme naturel, mais que les plateformes numériques en augmentent la fréquence et l'intensité.
Notre cerveau se compare naturellement aux autres
Se comparer n'est pas un comportement apparu avec les réseaux sociaux.
Depuis toujours, les êtres humains évaluent leur situation en observant leur entourage. Ce mécanisme permet de mesurer ses progrès, de s'inspirer des autres ou d'ajuster ses objectifs.
Le problème apparaît lorsque les points de comparaison deviennent permanents.
Avant l'arrivée des réseaux sociaux, une personne comparait sa situation à celle de ses collègues, de ses voisins ou de sa famille. Aujourd'hui, elle peut être exposée, en quelques minutes, aux réussites de centaines de personnes vivant parfois à l'autre bout du monde.
Cette multiplication des comparaisons modifie notre perception de la réalité.
Les réseaux sociaux montrent rarement la vie dans son ensemble
Les plateformes numériques sont construites autour du partage. Mais ce qui est partagé correspond rarement au quotidien dans toute sa complexité.
Les utilisateurs publient davantage leurs réussites que leurs doutes, leurs vacances que leurs journées ordinaires, leurs promotions que leurs refus d'embauche.
Cette sélection est naturelle. Peu de personnes ressentent le besoin de raconter leurs difficultés financières, leurs périodes de découragement ou leurs projets qui n'ont pas abouti.
À force d'être exposé principalement à des moments positifs, le cerveau peut finir par croire que ces moments représentent la vie de tous les jours. Or, ils n'en montrent souvent qu'une petite partie.
La réussite semble toujours arriver plus vite chez les autres
Sur les réseaux sociaux, les parcours apparaissent souvent très courts. Un entrepreneur annonce le lancement de son entreprise.
Quelques mois plus tard, il célèbre une forte croissance. Un créateur de contenu partage le nombre de ses abonnés. Un jeune diplômé annonce son premier emploi.
Ce qui reste invisible, ce sont parfois les années de préparation, les échecs, les changements de direction ou les difficultés traversées avant ces annonces.
Le lecteur ne compare donc pas deux parcours complets. Il compare son quotidien, avec ses incertitudes, à une succession de moments soigneusement sélectionnés.
En Afrique, cette comparaison peut être encore plus pesante
Dans de nombreux pays africains, la réussite professionnelle dépasse souvent la satisfaction personnelle. Elle est également associée à des attentes familiales et sociales.
Trouver un emploi stable, créer une entreprise ou construire une maison sont parfois perçus comme des étapes qui témoignent d'une ascension sociale.
Les réseaux sociaux rendent ces signes de réussite particulièrement visibles.
Ils peuvent ainsi renforcer le sentiment d'être en retard, surtout chez les jeunes confrontés au chômage, à la précarité ou à un marché du travail très concurrentiel.
Cette impression ne signifie pourtant pas que les autres réussissent tous plus vite. Elle traduit souvent le décalage entre ce que chacun montre publiquement et ce qu'il vit réellement.
L'algorithme renforce ce que nous regardons
Les plateformes ne présentent pas les contenus au hasard. Leurs algorithmes mettent davantage en avant les publications qui suscitent des réactions, des commentaires ou un temps de consultation plus long.
Les contenus montrant des réussites spectaculaires, des transformations impressionnantes ou des modes de vie enviés attirent naturellement l'attention. Ils sont donc davantage diffusés.
Peu à peu, l'utilisateur peut avoir l'impression que ces parcours exceptionnels sont devenus la norme. En réalité, il est surtout exposé aux contenus que les plateformes estiment les plus susceptibles de retenir son attention.
Ce sentiment peut affecter l'estime de soi
Lorsque la comparaison devient permanente, certaines personnes commencent à minimiser leurs propres progrès.
Elles ont le sentiment de ne pas avancer assez vite, même lorsqu'elles atteignent des objectifs importants.
Cette perception peut alimenter le découragement, réduire la satisfaction personnelle et augmenter le stress.
Les travaux consacrés aux usages des réseaux sociaux montrent que leurs effets sur le bien-être dépendent de nombreux facteurs, notamment du temps passé sur les plateformes, du type de contenus consultés et de la manière dont chacun interprète ce qu'il voit.
Comment retrouver une perception plus juste de sa progression ?
La première étape consiste à rappeler que les réseaux sociaux montrent une partie de la réalité, pas la réalité entière.
Comparer son quotidien aux meilleurs moments de la vie des autres conduit presque toujours à une conclusion injuste.
Il peut également être utile de diversifier les contenus que l'on consulte, de suivre des personnes qui partagent aussi leurs difficultés ou leurs apprentissages, et de limiter le temps consacré aux plateformes lorsque leur utilisation devient source de frustration.
Enfin, la comparaison la plus utile reste souvent celle que l'on fait avec soi-même.
Se demander ce que l'on a appris au cours des douze derniers mois, quelles compétences ont été développées ou quels obstacles ont été surmontés permet généralement d'obtenir une vision plus équilibrée de son parcours.
Réussir ne signifie pas avancer au même rythme que les autres
Chaque parcours est influencé par des facteurs différents : le contexte familial, les études, les opportunités professionnelles, les ressources financières ou encore les rencontres.
Comparer deux trajectoires sans tenir compte de ces éléments revient à comparer des situations qui ne sont pas comparables.
Les réseaux sociaux donnent parfois l'impression que la réussite suit une chronologie unique. La réalité est beaucoup plus nuancée.
Certaines personnes atteignent rapidement leurs objectifs, tandis que d'autres construisent leur réussite plus lentement. Cela ne diminue en rien la valeur de leur parcours.
La véritable question n'est donc pas de savoir si les autres avancent plus vite. Elle est de savoir si vous progressez, aujourd'hui, un peu plus qu'hier.
La rédaction