Dire que l'on n'est pas d'accord avec quelqu'un n'est pas toujours facile. Au bureau, en famille ou dans une relation, on a peur de vexer, de créer une tension, de passer pour quelqu'un de difficile. Alors on se tait. Ou à l'inverse on dit tout et la situation dégénère en trente secondes. Entre les deux, la différence tient souvent aux mots, au moment, à la manière de présenter les choses.
Écoutez avant de répondre
Quand une discussion devient animée, on
prépare souvent sa réponse pendant que l'autre parle. On cherche déjà le
contre-argument, la faille, la phrase qui va lui montrer qu'il se trompe.
En fin de compte, on répond souvent à une idée qu'on n'a même pas vraiment comprise. Avant de défendre votre position, laissez donc l'autre aller au bout de son raisonnement. Écoutez ce qu'il dit, mais aussi ce qu'il essaie réellement d'expliquer.
Vous pouvez ensuite reformuler : « Si je comprends bien, tu proposes cette solution parce que… » Cette phrase, à elle seule, change l'ambiance. La personne comprend que vous avez pris le temps de l'écouter. Et vous êtes certain de discuter du même sujet.
Parlez de votre point de vue, pas des défauts de l’autre
Il y a une différence entre dire « Tu as tort » et dire « Je ne vois pas les choses de la même manière ». Dans le premier cas, vous mettez immédiatement l'autre en position de se défendre. Dans le second, vous exprimez une différence de point de vue.
Partez de ce que vous pensez, de ce que vous avez observé, de ce que vous craignez. « Je ne suis pas convaincu par cette solution », ou plus simplement : « J'ai une autre lecture de la situation. » Le désaccord reste présent, mais il devient beaucoup moins personnel.
Choisissez le bon moment
Même la meilleure formulation peut être mal reçue si le moment est mauvais. Quelqu'un vient de s'énerver, ou la réunion démarre dans deux minutes : ce n'est clairement pas le moment de lancer une longue discussion.
Parfois, attendre quelques minutes ou quelques heures évite un conflit inutile. Dire « je préfère qu'on en reparle tranquillement plus tard » suffit souvent. Ce n'est pas fuir la discussion. C'est choisir un moment où chacun sera davantage capable d'écouter l'autre.
Vous n'avez pas besoin d'avoir le dernier mot
Certaines discussions durent bien plus
longtemps que nécessaire parce que chacun veut convaincre l'autre.
Vous avez donné votre argument, l'autre a donné le sien, et personne n'a changé d'avis. Faut-il continuer pendant vingt minutes ?
Pas forcément. Accepter qu'une personne puisse rester en désaccord avec vous est aussi une forme de maturité — convaincre n'est pas toujours l'objectif d'une discussion. Terminez plutôt par un « je comprends ton point de vue, même si je ne le partage pas » — et laissez ça là.
Critiquez l'idée, pas la personne
C'est l'une des règles les plus importantes. Vous pouvez penser qu'une proposition est mauvaise sans penser que la personne qui l'a faite est incapable. Vous avez le droit d'être contre une décision sans manquer de respect à celui qui l'a prise.
Le désaccord devient un problème quand il se transforme en attaque personnelle. Évitez les phrases comme « Tu fais toujours ça » ou « Tu ne comprends jamais rien » — elles ne parlent plus du problème initial, elles attaquent la personne. Et une fois que c'est fait, revenir au sujet de départ devient beaucoup plus difficile.
Un exemple vaut mieux qu'une affirmation
Dire « je ne suis pas d'accord », ne suffit pas toujours.
Si vous voulez que votre position soit comprise, expliquez ce qui vous amène à penser ainsi. Un exemple concret, une expérience passée, un chiffre ou une conséquence possible convainquent souvent plus qu'une succession d'affirmations.
Au lieu de dire « Cette méthode ne fonctionnera jamais », vous pouvez dire : « Je pense qu'elle risque de poser problème parce qu'on a déjà rencontré cette difficulté la dernière fois. »
Vous ne prétendez pas détenir la vérité absolue — vous expliquez pourquoi vous avez des réserves. Et si vous manquez d'informations, dites-le : « Je ne suis pas encore convaincu. J'aimerais regarder les données avant de me prononcer définitivement. »
Savoir reconnaître que l'autre a raison
Exprimer son désaccord ne veut pas dire défendre son opinion jusqu'au bout. Une discussion peut aussi vous apprendre quelque chose.
Si l'autre apporte un argument auquel vous n'aviez pas pensé, dites-le simplement : « Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. » Changer d'avis, ce n'est pas perdre. C'est montrer que votre opinion n'est pas dictée par votre ego.
Une différence d'opinion n'est pas une attaque
On a tendance à prendre le désaccord personnellement. Quelqu'un refuse notre idée, et on a l'impression qu'il nous rejette. Un collègue critique notre proposition, et on pense qu'il remet en cause nos compétences.
Pourtant une personne peut rejeter une idée sans rejeter celle qui l'a formulée. Votre idée peut être critiquée, mais cela ne veut pas dire qu'on vous critique.
Quand le ton monte, faites une pause
Une discussion peut commencer calmement et finir par devenir tendue. Les voix montent, les mêmes arguments reviennent, les reproches commencent à sortir.
À ce moment-là, continuer à parler n'est pas forcément la meilleure solution. « On tourne en rond, on reprendra plus tard » — ou juste : mieux vaut une pause qu'un mot qu'on regrettera.
Le respect compte parfois plus que l'accord
Deux personnes peuvent avoir des opinions complètement différentes et continuer à bien s'entendre. Elles n'ont pas besoin de penser pareil sur tout, juste de pouvoir se parler sans se rabaisser.
Exprimer son désaccord avec calme, écouter réellement l'autre, éviter les attaques personnelles, accepter que l'autre ne change pas forcément d'avis : c'est souvent suffisant. Une discussion n'a pas besoin de se terminer sur un accord pour avoir servi à quelque chose.
Richard Konan