Ce n’est pas toujours à cause d’un manque de volonté ou de compétences. Cette difficulté à terminer tient souvent à notre rapport à l’effort et aux attentes que l’on place dans la réussite. Comprendre ce mécanisme aide à changer sa manière d’agir.
1. Vous aimez davantage le commencement que l’accomplissement
Un nouveau projet n'est pas encore confronté à la réalité. Tout reste possible. On imagine les résultats et on se projette dans une version plus accomplie de soi-même. Cet élan intérieur vous donne l’impression que tout devient accessible.
Cette phase initiale est stimulante. Elle nourrit autant l’imagination que le sentiment de progression. Puis le projet avance, et la situation change. Les premières difficultés apparaissent et les tâches deviennent répétitives. Les progrès ne se voient plus toujours. L’activité perd une partie de son attrait, alors même que le travail le plus important commence parfois à peine.
Commencer un projet procure une satisfaction immédiate. Le terminer exige d’accepter une longue période pendant laquelle les efforts ne sont pas forcément récompensés.
Un entrepreneur peut, par exemple, lancer plusieurs activités à la suite, chacune portée par une intuition prometteuse. Il passe du temps sur les premières réflexions et construit des plans.
Mais dès que le développement commercial devient difficile ou que les premiers résultats déçoivent, il se tourne vers une nouvelle opportunité. Le plus difficile pour lui, c’est de rester engagé quand l’idée cesse de l’enthousiasmer, même si ses idées sont bonnes.
Un projet devient important quand on décide de lui accorder assez de temps pour produire quelque chose de concret.
2. La multiplication des objectifs disperse votre énergie
Avoir de l’ambition est une qualité, et vouloir progresser dans plusieurs domaines traduit une vraie volonté d’évolution. Mais quand chaque nouvelle possibilité devient une priorité, l’ambition finit par se retourner contre elle-même.
Créer une entreprise, améliorer sa condition physique, apprendre une nouvelle compétence, développer sa visibilité professionnelle, cultiver sa vie intérieure : tous ces objectifs sont légitimes, et tous réclament la même ressource limitée, l’attention. Il faut aussi de la régularité et savoir supporter les périodes où les résultats se font attendre.
Lorsque tout semble prioritaire, rien ne reçoit réellement l’investissement nécessaire.
Cette dispersion est difficile à repérer. Une personne peut être constamment occupée et avoir le sentiment de travailler énormément, sans obtenir de résultats proportionnels à ses efforts. Elle avance un peu partout, mais rarement assez loin dans une direction pour franchir un seuil de progression.
Prenons un cadre dirigeant qui veut développer son activité, écrire un livre, gagner en visibilité et lancer un programme de formation. Chacun de ces projets peut être pertinent. Mais s’il les conduit tous en même temps sans hiérarchie claire, il risque de fragmenter son temps et de multiplier les engagements inachevés.
La solution est de donner un ordre à ses ambitions. Il faut distinguer ce qui mérite d’être entrepris de ce qui mérite de l’être maintenant. Certaines idées peuvent être gardées sans être exécutées tout de suite. Reporter un projet, c’est admettre que ses ressources ne permettent pas de tout mener avec la même exigence. Son potentiel reste intact.
3. Des attentes trop élevées pour la réalité du travail
Les attentes que l’on associe à la réussite jouent aussi. Nous imaginons le résultat final avec précision, mais nous sous-estimons le temps et les ajustements qu’il demande. Nous voulons une entreprise rentable rapidement, ou un projet dont la qualité soit irréprochable dès la première version. Quand la réalité ne correspond pas à cette image, la frustration s’installe.
Elle prend parfois la forme d’un perfectionnisme discret. On reporte la publication d’un article parce qu’il pourrait être meilleur. On recommence un travail déjà bien avancé, jugé insuffisant uniquement parce qu’il s’écarte de l’image idéale que l’on s’en faisait.
Dans d’autres cas, l’absence de résultats rapides décourage. Le projet semblait prometteur, mais les premiers efforts ne produisent pas les effets attendus. On se met à douter de la pertinence du projet, puis de ses propres capacités.
Or, les projets importants traversent presque toujours une période où l’investissement dépasse les résultats visibles. Une entreprise doit construire sa crédibilité avant de bénéficier d’une reconnaissance durable. Une expertise se développe par des répétitions parfois peu spectaculaires.
Un dirigeant qui veut développer sa présence éditoriale peut abandonner après quelques publications si son audience ne progresse pas aussi vite que prévu. Pourtant, sa régularité et la confiance qu’il construit avec ses lecteurs peuvent demander plusieurs mois avant de produire des effets mesurables.
Il faut donc évaluer un projet à autre chose qu’à son résultat immédiat. Le progrès réel se construit dans la répétition et dans la capacité à poursuivre malgré l’incertitude.
4. Terminer demande de la discipline et de l’alignement
On définit souvent la discipline comme la capacité à faire ce que l’on doit faire, même sans en avoir envie. Cette définition est utile mais incomplète : il faut aussi comprendre pourquoi l’on poursuit un objectif et quelle place il occupe réellement dans sa vie.
Certains projets naissent de la comparaison. On veut atteindre le niveau de réussite d’un autre entrepreneur ou répondre aux attentes de son entourage. L’objectif paraît séduisant, mais il ne correspond pas toujours à une conviction personnelle profonde. Dans ces conditions, il est difficile de maintenir son engagement. Quand la nouveauté disparaît, il ne reste parfois aucune raison assez forte pour justifier les efforts demandés.
L’alignement consiste à regarder honnêtement comment ses ambitions s’accordent avec ses valeurs et ses responsabilités. L’exercice sert à distinguer les difficultés propres à un objectif important de la résistance que provoque un objectif qui n’a jamais été vraiment choisi. Un travail pénible ne justifie pas à lui seul de renoncer.
Un entrepreneur peut poursuivre le développement d’une activité parce qu’il associe sa croissance à la reconnaissance sociale, alors que ce qu’il recherche réellement, c’est plus de liberté et d’autonomie. Cette contradiction risque de nourrir une insatisfaction permanente, même quand les résultats progressent.
À l’inverse, quand un projet correspond à une intention claire, l’effort prend un autre sens. Il pèse toujours autant, et l’on sait pourquoi il mérite d’être poursuivi et ce que l’on accepte de traverser pour le réaliser.
Un exercice aide à retrouver cette clarté : avant de lancer un nouveau projet, formuler en quelques phrases le résultat recherché, les raisons qui le rendent important et les contraintes que l’on est réellement prêt à accepter. Puis définir une étape concrète qui marquera son achèvement. Un projet sans définition claire de ce que signifie « terminé » peut se prolonger indéfiniment, au gré des nouvelles idées et des exigences que l’on s’impose. Il faut pouvoir reconnaître le moment où le travail accompli répond suffisamment à son objectif initial.
Tout projet
commencé n’a pas vocation à être terminé : certains doivent être abandonnés
quand ils n’ont plus de sens. Avant chaque nouveau départ, une question vaut
d’être posée : ai-je besoin d’un nouveau projet, ou de creuser celui que j’ai
déjà commencé ?
Richard Konan