Un leader qui se trompe
Nos représentations contemporaines du leadership aiment les personnages sûrs d’eux-mêmes. Le dirigeant idéal serait visionnaire, déterminé, charismatique, capable de décider vite et de toujours savoir où il va.
Ulysse est beaucoup plus complexe. Il est même l’archétype du héros contradictoire. Il possède une intelligence stratégique remarquable, mais elle est parfois contaminée par son orgueil. Il sait tendre des pièges (le cheval de Troie), mais tombe lui-même dans certains d’entre eux. Il commande avec audace, mais ses « coups de poker » peuvent mettre son équipage en danger.
L’épisode du Cyclope en est l’illustration parfaite. Ulysse trouve une solution brillante pour échapper à Polyphème. Il triomphe grâce à sa ruse et à sa capacité d’adaptation. Mais, une fois sauvé, son besoin de faire savoir qui il est transforme sa victoire en nouvelle épreuve.
Autrement dit, il a les défauts de ses qualités. Son courage peut devenir témérité. Sa confiance, arrogance. Son ambition, aveuglement. Dès qu’il ne maîtrise plus ses forces, elles se transforment en faiblesses.
L’épreuve comme école de leadership
Ulysse n’est pas le même homme au début et à la fin de son voyage. Son odyssée est géographique, mais elle est surtout intérieure. Il n’est pas une statue que les événements ne font jamais vaciller. Il n’est ni omniscient, ni invincible, ni infaillible. Il est un homme en mouvement, façonné par ce qu’il traverse.
Epreuve après épreuve, il apprend la patience, l’humilité, la capacité à encaisser, à recommencer, à décider dans l’incertitude. Il se construit dans l’adversité.
Son odyssée est une succession de leçons. Première leçon : l’erreur n’est pas un échec, à condition de savoir en tirer un enseignement. Deuxième leçon : la défaite n’est jamais définitive lorsqu’elle devient une expérience qui permet de progresser. Troisième leçon : le courage ne consiste pas à ignorer la peur, mais à trouver la force d’agir malgré elle.
Ulysse n’est donc pas un modèle de perfection. Il est un modèle de progression.
Les dieux nous impressionnent. Ulysse nous ressemble
Il y a quelque chose de profondément moderne dans le
personnage d’Ulysse. Au milieu des dieux immortels, des monstres, des sirènes
et des forces surnaturelles qui peuplent L’Odyssée, il est le seul à nous
ressembler vraiment.
Les dieux grecs échappent aux limites qui définissent la condition humaine. Ulysse, lui, est soumis au temps, à la fatigue, à la peur, au deuil et à l’incertitude. Il est admirable parce qu’il est vulnérable. Et c’est précisément pour cela qu’il nous parle encore aujourd’hui. Que nous dit-il ? Que les vrais héros ne sont pas ceux qui ont réponse à tout, mais ceux qui savent se transformer sans perdre leur cap.
C’est peut-être le plus beau message d’Homère aux Ulysse d’aujourd’hui : on ne devient pas un grand leader en cessant d’être humain. On le devient en apprenant à faire de ses failles et de ses erreurs une force pour poursuivre son chemin.
Augustin Akou
Fondateur d'AfricLead