Une vocation née très tôt
Devant
un public composé d’étudiants, d’universitaires et d’acteurs du livre, Maurice
Bandaman est revenu sur ses débuts, bien avant la reconnaissance littéraire.
Dès le collège, l’écriture s’impose à lui comme une évidence. "C'est une vocation, un appel qui pousse à exercer une charge", raconte l'auteur du livre La Bible et le Fusil.
Il raconte avoir écrit sa première pièce de théâtre en classe de quatrième, avant d’enchaîner avec une seconde en troisième.
Rapidement, un tournant décisif intervient. Alors qu’il envisageait une orientation vers l’économie pour devenir banquier ou entrepreneur, l'un de ses enseignant détecte son potentiel littéraire et l’encourage à suivre cette voie.
Une intuition confirmée par le temps, puisque l’auteur évoque aujourd’hui près de 40 ans d’écriture, qu’il qualifie lui-même de véritable vocation.
Des rencontres déterminantes
Le
parcours de Maurice Bandaman a également été marqué par des figures majeures de
la littérature ivoirienne.
Parmi elles, feu Jean-Marie Adiaffi joue un rôle clé. Encore lycéen, Bandaman prend l’initiative de lui présenter un manuscrit. L’échange est décisif. Le père du bossonisme l’encourage, tout en lui rappelant une exigence fondamentale : le style et l’écriture priment sur le simple contenu.
Suite
à ce conseil, le jeune Bandaman s’impose une discipline rigoureuse, allant
jusqu’à commander des ouvrages spécialisés pour perfectionner son écriture, sous recommandation d'Adiaffi.
À l’université, d’autres rencontres renforcent cette trajectoire, notamment avec Amadou Koné, dont il découvre qu’il devient son professeur, un moment qu’il décrit comme déterminant dans sa décision de devenir écrivain.
L’université, creuset de son œuvre
C’est
durant ses années universitaires que Maurice Bandaman pose les bases de
plusieurs de ses œuvres majeures. "La plupart de mes œuvres, je les ai écrites entre l'université et l'ENS (Ecole normale supérieure, NDLR). J'avais ces manuscrits et je les ai retravaillés", affirme-t-il.
Entre études et écriture, il participe à des concours littéraires, remporte des distinctions et voit ses premiers textes publiés.
Plusieurs de ses romans emblématiques trouvent leur origine à cette période, confirmant le rôle central de l’université comme espace de maturation intellectuelle et créative.
Écriture et politique : un équilibre difficile
Interrogé sur sa capacité à continuer d’écrire malgré ses responsabilités politiques et administratives, Maurice Bandaman livre une réponse sans détour : tout repose sur la vocation.
Pour lui, écrire n’est pas une activité secondaire, mais une nécessité intérieure, presque spirituelle. Il évoque une force qui le pousse à écrire, au point de ressentir un déséquilibre lorsqu’il s’en éloigne.
Cependant, il reconnaît que son engagement politique a considérablement réduit sa production littéraire.
Là où il écrivait abondamment dans sa jeunesse, il admet avoir publié seulement quelques ouvrages en plus de deux décennies de vie politique.
L’écriture comme devoir et libération
Au-delà de la carrière, Maurice Bandaman présente l’écriture comme un devoir presque moral.
S’appuyant
sur une lecture personnelle de la parabole des talents, il considère son talent
d’écrivain comme une responsabilité qu’il doit honorer.
Pour lui, écrire un acte de fidélité, un moyen de libération intérieure, une manière de répondre à un appel profond et un regard tourné vers l’avenir
Fort de plusieurs décennies d’expérience, le Grand Prix Bernard Dadié de la littérature affirme aujourd’hui être nourri par une meilleure compréhension des hommes et de la société.
Malgré un ralentissement de sa production, il annonce avoir encore plusieurs projets en réserve, avec l’ambition de poursuivre son œuvre si les conditions le permettent.
Une leçon pour la jeunesse
À travers cette conférence, Maurice Bandaman aura surtout transmis un message fort aux étudiants. Il leur fait comprendre que la vocation, lorsqu’elle est reconnue et assumée, devient une force capable de traverser les années, les obstacles et les responsabilités.
Un message en parfaite résonance avec l’esprit du Salon international du livre d'Abidjan 2026, qui célèbre cette année une figure majeure de la littérature ivoirienne.
Richard Konan