Une enveloppe de liquide met Ham Serunjogi, adolescent, face à une question : pourquoi est-il si difficile d'envoyer de l'argent d'un pays africain à un autre ? Cette expérience mène quelques années plus tard à Chipper Cash, une fintech qu'il crée avec le Ghanéen Maijid Moujaled.
L'entreprise connaît une croissance rapide et atteint, en novembre 2021, une valorisation de plus de 2 milliards de dollars. Le ralentissement des investissements dans les startups technologiques l'oblige ensuite à revoir sa stratégie.
D'un virement bloqué à une idée d'entreprise
Ham Serunjogi grandit en Ouganda avant de
poursuivre ses études à l'Aga Khan Academy de Mombasa, au Kenya. Il y devient
président du conseil des élèves et pratique la natation à haut niveau. En 2010,
il représente l'Ouganda aux Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour. La
compétition et les responsabilités collectives font déjà partie de son
quotidien.
Pour préparer les Jeux, son père doit lui faire parvenir de l'argent afin de payer son entraîneur. Le transfert bancaire se révèle si compliqué que son père finit par se rendre en Afrique du Sud avec une enveloppe de liquide. Serunjogi a raconté depuis que cette expérience lui avait fait mesurer l'ampleur du problème : si une opération aussi banale pouvait devenir aussi compliquée pour sa propre famille, combien d'autres Africains butaient sur les mêmes obstacles ?
Après le secondaire, il rejoint Grinnell College, dans l'Iowa, où il étudie l'économie et obtient son diplôme en 2016. Il y rencontre Maijid Moujaled, étudiant ghanéen en informatique. Les deux partagent l'intuition que la technologie peut contribuer à résoudre certains problèmes structurels de leurs pays. Leurs profils se complètent. Serunjogi vient de l'économie et de la compréhension des marchés, Moujaled d'une formation plus tournée vers la technologie. Ensemble, ils commencent à réfléchir à une solution pour faciliter les transferts d'argent en Afrique.
Meta, puis Chipper Cash à plein temps
Après Grinnell, Serunjogi rejoint Meta à Dublin, où il travaille avec de grands annonceurs britanniques, dans l'une des principales entreprises technologiques mondiales. En 2018, il quitte l'entreprise pour se consacrer à Chipper Cash. Avec Moujaled, il lance la plateforme, dont l'ambition est de faciliter les paiements et les transferts d'argent entre pays africains.
Le succès est loin d'être garanti. Les fondateurs doivent convaincre des investisseurs de financer une entreprise africaine qui s'attaque à un problème africain avec une ambition continentale. Certains restent sceptiques. Lors d'une rencontre avec un fonds de la Silicon Valley, on leur demande pourquoi ils ne cherchent pas plutôt des dons ou des subventions. Ils poursuivent malgré tout.
Chipper Cash lève plusieurs centaines de millions de dollars au fil des années, et Serunjogi est sélectionné dans la liste Forbes 30 Under 30 Finance pour 2023.
Quand le financement se raréfie
À partir de 2022, le financement du secteur se
contracte. Chipper Cash traverse à son tour une période difficile, marquée
notamment par des licenciements et une baisse importante de sa valorisation.
L'entreprise revoit ses priorités.
Avec des capitaux abondants, une startup peut multiplier les projets et accélérer son développement. Quand les financements se font plus rares, les choix deviennent plus durs. Il faut choisir entre réduire certaines dépenses, revoir certaines ambitions, se concentrer sur le produit, viser les résultats financiers. En 2024, Serunjogi explique encore que l'entreprise doit prendre des décisions difficiles pour améliorer son efficacité opérationnelle et se rapprocher de la rentabilité.
En 2025, pour les sept ans de Chipper Cash, il revient sur quatre principes qu'il juge importants pour l'entreprise, à savoir le courage, la persévérance, l'humilité et l'excellence. Il associe l'humilité à la capacité de reconnaître ce que l'on ne sait pas encore afin de continuer à progresser.
Le parcours de Serunjogi montre qu'un problème
observé de près peut devenir une entreprise, et que cette entreprise doit
ensuite savoir s'adapter quand les conditions changent.
La rédaction