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Il ne suffit pas d'observer et de décrire le monde, mais il faut le transformer par l'activité humaine. - Massa Makan Diabaté
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MASA 2026

Didier Mukalayi Maloba : raconter la rumba, du mythe aux mutations contemporaines

Au Marché des arts du spectacle d’Abidjan (MASA), certaines œuvres ne se contentent pas de divertir. Elles interrogent, transmettent et réveillent une mémoire. Le spectacle de danse « Le chemin de la Rumba », réalisé par Didier Mukalayi Maloba et Didier Ediho fait partie de celles-là.

il y a 2 heures

Après la représentation, nous avons rencontré le chorégraphe pour comprendre ce qui se joue derrière cette fresque chorégraphique dense, entre héritage, transformation et quête identitaire.

Une rumba au croisement des styles

Dès les premières minutes du spectacle, le ton est donné : il ne s’agit pas d’une reconstitution figée. Didier Mukalayi Maloba revendique un langage hybride.

« C’est un mélange de plusieurs styles », explique-t-il. « La rumba congolaise elle-même est née de croisements. Aujourd’hui, même des danses comme le coupé-décalé trouvent une partie de leurs racines là-dedans. »

Sur scène, cette vision se traduit par une écriture chorégraphique qui emprunte autant à la danse contemporaine qu’au hip-hop, tout en restant ancrée dans les codes traditionnels. Une manière de montrer que la rumba n’est pas une relique, mais une matière vivante.


Remonter à l’origine : une ambition narrative forte

L’une des particularités du spectacle réside dans son ambition narrative. Didier Mukalayi Maloba ne commence pas par la rumba telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il remonte plus loin.

« Je voulais partir du commencement du commencement », dit-il. « Avant même les références religieuses, revenir à une forme de genèse symbolique. »

Le spectacle s’ouvre ainsi sur une vision presque mythologique, avant d’embrasser les grandes étapes historiques : la colonisation, les déplacements forcés, les transformations culturelles. La rumba y apparaît comme un fil conducteur, traversant les époques et les continents.

De la “kumba” à la rumba : une histoire de transformation

Au cœur de cette démarche, une volonté pédagogique. Le chorégraphe veut rappeler les origines souvent méconnues de cette musique.

Didier Mukalayi Maloba évoque notamment la “kumba”, danse originelle centrée sur le rapprochement des nombrils, symbole de lien et de vie. Avec la colonisation, le mot et la pratique évoluent, jusqu’à devenir la “rumba”.

« C’est une danse qui a voyagé, qui s’est transformée en Amérique du Sud, avant de revenir en Afrique avec d’autres influences. »

Ce voyage, parfois douloureux, est suggéré dans le spectacle sans tomber dans une représentation frontale de la souffrance. Le chorégraphe assume ce choix de transmettre sans choquer inutilement.

Une œuvre nourrie par la recherche

Loin de l’improvisation, Le chemin de la Rumba s’appuie sur un travail de fond. Le chorégraphe a multiplié les sources : rencontres avec des anciens, documentaires, lectures.

« J’ai essayé de transformer ces connaissances en mouvements », précise-t-il.

Sur scène, cette recherche se matérialise à travers une troupe de neuf danseurs, accompagnés de deux musiciens. Un dispositif qui permet d’alterner tableaux collectifs et moments plus introspectifs.


Entre fidélité et évolution

Une question traverse inévitablement le projet : la rumba d’aujourd’hui est-elle fidèle à ses origines ? La réponse de Didier Mukalayi Maloba est nuancée.

« Elle a été un peu dénaturée, mais aussi enrichie. Les deux à la fois. » Il cite des artistes contemporains qu’il écoute, tout en reconnaissant une forme de distance avec certaines évolutions. Cette tension entre tradition et modernité irrigue toute la pièce.

Le MASA (Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan) s’est ouvert le samedi 11 avril 2026 et s’achève le samedi 18 avril. 

Richard Konan