Après la représentation, nous avons rencontré le chorégraphe pour comprendre ce qui se joue derrière cette fresque chorégraphique dense, entre héritage, transformation et quête identitaire.
Une rumba au croisement des styles
Dès
les premières minutes du spectacle, le ton est donné : il ne s’agit pas d’une
reconstitution figée. Didier Mukalayi Maloba revendique un langage hybride.
«
C’est un mélange de plusieurs styles », explique-t-il. « La rumba congolaise
elle-même est née de croisements. Aujourd’hui, même des danses comme le
coupé-décalé trouvent une partie de leurs racines là-dedans. »
Sur
scène, cette vision se traduit par une écriture chorégraphique qui emprunte
autant à la danse contemporaine qu’au hip-hop, tout en restant ancrée dans les
codes traditionnels. Une manière de montrer que la rumba n’est pas une relique,
mais une matière vivante.
Remonter à l’origine : une ambition narrative forte
L’une
des particularités du spectacle réside dans son ambition narrative. Didier
Mukalayi Maloba ne commence pas par la rumba telle qu’on la connaît
aujourd’hui. Il remonte plus loin.
« Je
voulais partir du commencement du commencement », dit-il. « Avant même les
références religieuses, revenir à une forme de genèse symbolique. »
Le
spectacle s’ouvre ainsi sur une vision presque mythologique, avant d’embrasser
les grandes étapes historiques : la colonisation, les déplacements forcés, les
transformations culturelles. La rumba y apparaît comme un fil conducteur,
traversant les époques et les continents.
De la “kumba” à la rumba : une histoire de transformation
Au
cœur de cette démarche, une volonté pédagogique. Le chorégraphe veut rappeler
les origines souvent méconnues de cette musique.
Didier
Mukalayi Maloba évoque notamment la “kumba”, danse originelle centrée sur le
rapprochement des nombrils, symbole de lien et de vie. Avec la colonisation, le
mot et la pratique évoluent, jusqu’à devenir la “rumba”.
«
C’est une danse qui a voyagé, qui s’est transformée en Amérique du Sud, avant
de revenir en Afrique avec d’autres influences. »
Ce voyage,
parfois douloureux, est suggéré dans le spectacle sans tomber dans une
représentation frontale de la souffrance. Le chorégraphe assume ce choix de transmettre
sans choquer inutilement.
Une œuvre nourrie par la recherche
Loin
de l’improvisation, Le chemin de la Rumba s’appuie sur un travail de fond. Le
chorégraphe a multiplié les sources : rencontres avec des anciens,
documentaires, lectures.
«
J’ai essayé de transformer ces connaissances en mouvements », précise-t-il.
Sur
scène, cette recherche se matérialise à travers une troupe de neuf danseurs,
accompagnés de deux musiciens. Un dispositif qui permet d’alterner tableaux
collectifs et moments plus introspectifs.
Entre fidélité et évolution
Une question traverse inévitablement le projet : la rumba d’aujourd’hui est-elle fidèle à ses origines ? La réponse de Didier Mukalayi Maloba est nuancée.
« Elle a été un peu dénaturée, mais aussi enrichie. Les deux à la fois. » Il cite des artistes contemporains qu’il écoute, tout en reconnaissant une forme de distance avec certaines évolutions. Cette tension entre tradition et modernité irrigue toute la pièce.
Le MASA (Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan) s’est ouvert le samedi 11 avril 2026 et s’achève le samedi 18 avril.
Richard Konan