Mot d'Esprit
Soulève ta charge jusqu'au genou, on t'aidera à la mettre sur la tête - Proverbe africain
Spiritualité
L’Ikhlas

Sincérité intérieure et chemin de transformation

« La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allah… » S 2V 177.

il y a 1 jour

Tout n’est pas que dans la gestuel, dans le corpus du ‘‘canonique’’, au-delà du soin artistique et esthétique dans l’observation des œuvres dites pieuses, fussent-elles fleuves, abondantes.

Tout part de cette portion invisible, intime, profonde et intérieure. La source première et réelle de la motivation de l’acte, celle qui lui imprime son sens, sa valeur, sa force, sa profondeur et qui n’est perceptible ni par le témoignage des yeux, ni par celui de la langue. Celle que ne voit que Celui Qui voit au-delà de tout regard, de toute apparence.

Le Messager d’ALLAH, saw est incisif : « Certes, Allah ne regarde pas vos apparences ni vos biens, mais en revanche, Il regarde vos œuvres et vos cœurs. ». Là où on parle de cœur, on évoque justement cette part d’intimité exclusive et dédiée qu’Au Seul Qui mérite d’être adoré, ALLAH, Maître et Créateur de l’Univers.

C’est de là que tout part et se déclenche. Le moteur du cheminement, de l’évolution spirituelle, de l’intimité avec l’UN, l’Unique et Sans Associé. L’exclusivité de l’adoration, la sincérité dans la dévotion, l’illumination dans le cheminement, les secrets de l’élévation ici-bas et dans l’au-delà. Tout n’a de sens que dans l’intimité de l’unicité absolue, Al Ikhlas.

Les exigences du cheminement spirituel

L’adoration n’a de valeur en Islam que par la pureté du monothéisme et la sincérité qui suppose l’exclusivité de la recherche de l’agrément divin, qui motive l’acte du musulman.

A- L’attachement exclusif à l’unicité divine absolue

« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Dis : « Il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui ». S 112. Elle est appelée Al Ikhlas, le monothéisme pur.

La foi du musulman lui impose une force de conviction et d’attachement inconditionnel et indicible à la divinité dans sa triple dimension consacrée, l’unicité de Dieu dans la Seigneurie, dans l’adoration et dans les noms et attributs, sans anthropomorphisme et associationnisme.

La Sourate Ikhlas est aussi le désaveu du polythéisme et de l’associationnisme. Du reste, il s’agit du plus grand péché en Islam et pour lequel Le Seigneur est formel : « Certes, ALLAh ne pardonne pas qu’on Lui donne quelque associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut… » S 4 V 48.

Bien évidemment, tout péché, aussi immonde soit-il, est d’office pardonné tant que le pécheur procède à un repentir sincère avant que ne survienne la mort. Ce qui suppose le regret de l’acte, l’arrêt systématique du péché, la demande sincère de pardon et l’engagement ferme et résolu de ne plus commettre le péché. Ce n’est qu’avec ces étapes validées que Dieu pardonne totalement.

L’acte n’a donc de valeur que lorsqu’il ne vise que ALLAH et lorsqu’il n’est accompli que tel que ALLAH l’a décrété, sans corruption aucune venant d’une autre forme de conviction et de croyance. Sans le respect de cette conditionnalité indispensable, obligatoire et irremplaçable, la foi ne devient qu’un simple artifice, le cheminement et l’évolution spirituelle, des illusions d’optique.

Al Ikhlas, c’est d’abord ce lien unique, universel et intime à l’UN, duquel découle une adoration qui ne saurait se partager avec une autre créature et qui ne soit dédiée que à ALLAH Seul. C’est ensuite, la sincérité avec laquelle l’on agit et qui suppose, la recherche exclusive de la Face éclairée d’ALLAH. La recherche de l’intimité et de l’amitié.

B- La sincérité dans le cheminement spirituel

Les enseignements de l’Islam ont un aspect visible et tirent leur spécificité des prescriptions juridiques et jurisprudentielles qui régularisent et réglementent l’acte. L’application est donc soumise à un corpus de conditionnalités dont la connaissance reste accessible à tous.

Mais il y a l’autre facette de la médaille, où seul le cœur imprime à l’acte, sa force et sa richesse. Le cœur devient le miroir à travers lequel s’aperçoit la beauté, la singularité et la profondeur de l’acte posé.

Et c’est à l’intérieur de ce cœur que Dieu regarde pour valider l’adoration et les œuvres du musulman à qui il revient de se poser un certain nombre de questions, chaque fois qu’il agit. Il doit se rassurer qu’il n’agit que pour la recherche de l’amour d’ALLAH Seul et non pour les honneurs, les intérêts passagers et le regard des autres. Il doit se rassurer de n’agir que par reconnaissance et Amour pour Allah Seul, qu’il soit encouragé ou blâmé ou encore ignoré, sa motivation doit venir du fait qu’il sait qu’à chaque pas, il a le regard divin sur lui : « Adore Allah comme si tu le voyais et si tu ne le vois pas certes Lui te voit. » a dit le Messager d’ALLAH.

Al Ikhlas ici spécifiquement, c’est d’agir, de s’abstenir, de parler ou de se taire, non par le fait de regard ou d’influence extérieure, mais par conscience de la présence intime et permanente d’Allah. Cette dimension est par ricochet celle qui conduit à la piété (At Takwa), la conscience permanente de Dieu, le cordon par lequel le cheminant investit la demeure de la contemplation, de l’intimité et de la satisfaction divine.

Les fruits de l’attachement exclusif du croyant à Allah

L’Islam est venu comme un hymne de gloire pour réconcilier la descendance d’Adam avec le monothéisme pur, afin de la libérer des étreintes des croyances saugrenues et galvaudées. La libération du croyant de toute servitude et l’aspiration à la plénitude résident inexorablement en cet attachement intime à la divinité, ce témoignage de conscience présente de la présence permanente de DIEU.

A- Le secret du confort et de la transformation

C’est à force de forger avec une intention intime de rapprochement constant, pure et profonde, protégée de l’ostentation, des calculs des honneurs et du gain matériel, quantifiable et périssable, que Dieu ouvre au croyant, le coffre de Ses secrets et de Son confort permanent.

Il ne cesse ainsi de se rapprocher de Dieu, jusqu’à ce qu’il se fonde avec LUI. Pas une fusion des natures, Dieu étant

« Unique et sans associé et nul n’est égal à Lui », mais un lien intime ordonné par la qualité du rapprochement. Et en cela, Allah devient pour lui, ce Bouclier Infranchissable, tel que mis en évidence par ce hadith de source divine révélé au Messager saw : « Quiconque s’en prend à l’un de Mes alliés, alors assurément, Je lui déclare la guerre ! Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une chose que J’aime plus que lorsqu’il accomplît ce que Je lui ai imposé ; et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par le biais des œuvres surérogatoires, jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il prend et le pied par lequel il marche. S’il Me demande quelque chose, certainement Je le lui donne et s’il cherche refuge auprès de Moi, certainement Je lui accorde refuge »

Pourquoi les gens vivraient-ils dans la gêne aujourd’hui, l’instabilité, l’insécurité, la peur et la désolation, alors qu’ils prient chaque jour, qu’ils ne passent de jour sans prononcer le nom du Seigneur ? Pourquoi les hommes sont si malheureux, déstabilisés aujourd’hui alors qu’ils disent diner chaque soir sur la table du Seigneur ?

En vérité, beaucoup n’ont Dieu que dans les mots, le verbe, la gymnastique et non dans le cœur. Seuls les actes accomplis avec sincérité et en vue de la recherche de l’agrément divin, déclenchent le processus de l’assistance divine permanente et de la manifestation du Seigneur dans le quotidien du croyant.

Beaucoup de prédicateurs, de prêcheurs, de guides religieux, de serviteurs et d’hommes dits de Dieu disparaitraient des théâtres de l’adoration divine, du champ du don de soi et du sacerdoce, si les espèces sonnantes et trébuchantes étaient appelées à disparaître comme émoluments.

De faux lieutenants de Dieu qui en réalité, ne sont que des hommes d’affaires qui s’agrippent sur le Nom de Dieu aujourd’hui dans les temples, parce qu’ils savent justement, qu’Il nourrit son homme avec beaucoup de rondeur et de protubérance en jouant sur la soif spirituelle et la sensibilité de leurs ‘‘ouailles’’. Le message de l’Islam est de dire que de telles personnes n’auront ici que ce qu’elles méritent et ce qu’elles peuvent espérer de Dieu, puisque leur intention ne vaut que pour se servir et non pour servir le Seigneur.

B- Une garantie pour le succès

Dans un hadith mis en évidence par Mouslim et d’après le compagnon du Messager Abou Houreira (que ALLAH les agrée), le Prophète Mouhammad saw a dit : « Certes les premiers des hommes qui seront jugés le jour du jugement seront :

- Un homme qui est mort en martyr. Il sera apporté et Allah lui fera reconnaître ses bienfaits sur lui et il les reconnaitra. Il dira : Et qu’as-tu fait avec ces bienfaits ? Il répondra : J’ai combattu pour Toi Allah, jusqu’à ce que je meure en martyr. Allah dira : Tu mens, tu as plutôt combattu pour que l’on dise que tu étais courageux et cela a été dit. Ensuite Allah va ordonner qu’il soit traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il soit jeté dans le feu.

- Un homme qui a appris la science, l’a enseigné et a lu le Coran. Il sera apporté et Allah lui fera reconnaître ses bienfaits sur lui et il les reconnaitra. Il dira : Et qu’as-tu fait avec ces bienfaits ? L’homme répondra : J’ai appris la science, je l’ai enseigné et j’ai lu le Coran tout cela pour toi. Allah dira : Tu mens, tu as plutôt appris la science pour que l’on dise que tu es un savant et tu as lu le Coran pour que l’on dise que tu es un lecteur et tout cela a été dit. Ensuite Allah va ordonner qu’il soit traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il soit jeté dans le feu.

- Un homme à qui Allah a accordé ses largesses et à qui il a donné de tous les types de biens. Il sera apporté et Allah lui fera reconnaître ses bienfaits sur lui et il les reconnaitra. Il demandera : Et qu’as-tu fait avec ces bienfaits ? l’homme dira : Il n’y a pas une seule chose dans laquelle tu aimes que l’on dépense sans que j’aie dépensé pour toi. Allah dira : Tu mens, tu as plutôt dépensé pour que l’on dise que tu es généreux et cela a été dit. Ensuite Allah va ordonner qu’il soit traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il soit jeté dans le feu ».

La récompense divine ne parvient au croyant qu’une fois cette épreuve d’intimité et de sincérité passée avec succès. Allah regardera la prédisposition du cœur pour rétribuer le croyant.

Il scrutera l’intention cachée et désapprouvera l’acte, tant qu’en toute intimité et dans le secret de sa conscience, l’on n’a agi pour un autre que Lui.

Le succès du croyant ici-bas et dans l’au-delà réside donc dans la pureté de l’intention à ne désirer autre que ALLAH, à ne rechercher que la satisfaction exclusive d’ALLAH en toute circonstance. C’est la réalité d’une telle pureté intérieure qui a engendré la victoire éclatante des musulmans à la bataille de ‘‘Badr’’ aux premières heures de l’expansion de l’Islam à Médine, alors qu’il n’y avait que 313 musulmans ignorant tout de la guerre, en face d’un millier de soldats mécréants rudement entraînés et prêts à tuer, de surcroit au cœur d’un mois de Ramadan. La Volonté d’agir pour préserver l’Islam, non par ostentation, mais par la rage et la force de l’union des cœurs et de l’amour en Allah a détruit les stratégies de l’ennemi et suscité l’affliction dans son camp avec une défaite cuisante à l’affiche.

En vérité, ce qui manque aux hommes aujourd’hui, spécifiquement à tous ceux qui revendiquent et disent appartenir à un univers de valeurs de foi et de croyance, ce n’est pas l’absence de religion. Ce qui est valorisant pour eux, ce n’est pas que l’accomplissement des œuvres de dévotion. L’acte ne crée l’étincelle à même d’alimenter un feu capable de consumer les ténèbres du cœur et d’éclairer le chemin de l’évolution spirituelle, que s’il n’est motivé exclusivement que par cette conviction et disposition intime à n’agir que pour l’Amour du Seul Digne d’être auréolé et louangé, ALLAH.

Ceux qui se distinguent dans leur cheminement et leur intimité, sont justement ceux qui ont fait le deuil des regards flatteurs et des propos flagorneurs, ceux qui agissent sans calcul égocentrique et ostentatoire, ceux dont l’acte ou l’œuvre n’est aucunement monnayé contre une recherche d’intérêt ou de satisfaction personnelle.

Ceux-là sont justement les intimes de DIEU. Ils n’adorent plus par crainte, par contrainte ou pour la recherche du paradis. Ils adorent par reconnaissance et par amour.

Leur cœur brûle chaque jour de ce désir ardent du rapprochement et de la quête de l’intimité en tout acte qu’ils posent.

Ils n’adorent plus avec les membres ou les seuls sens. Ils adorent avec la profondeur de l’âme et la pudeur du cœur. Ils ne communiquent plus avec la langue, au-delà, ils communient avec le cœur. Leur silence est de toute éloquence, leur observation, l’expression du dialogue du cœur au Créateur du cœur.

Heureux celui qui n’adore que pour l’intimité, qui n’espère qu’en Allah Seul et qui n’implore que son secours, tel que cela transparait de manière répétitive dans les cinq prières quotidiennes : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Allah, Seigneur de l’univers. Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Maître du Jour de la rétribution.

C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours. Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. » Sourate 1 du Saint Coran.

Les sept répétées qui contiennent le secret de la réussite de la vie du musulman, ici-bas et de l’au-delà.

Ainsi soit-il.

El Hadj Diabaté Fousséni (journaliste-écrivain)