La plupart du temps, on ne s’écoute pas vraiment. On interprète, on corrige, on minimise. On explique ce que l’on ressent au lieu de le ressentir. On passe vite dessus, comme si ce qui se jouait à l’intérieur devait être réglé rapidement pour ne pas déranger le cours de la journée.
Ce qui se passe en soi est souvent plus discret qu’on ne l’imagine
Écouter ce qui se passe en soi ne ressemble pas à une révélation. Il n’y a pas toujours de grandes émotions ni de prises de conscience spectaculaires. Il y a souvent des sensations vagues, des tensions légères, une fatigue diffuse, une agitation difficile à nommer.
Parce que ce n’est pas clair, on a tendance à ignorer. Pourtant, c’est précisément là que l’écoute commence. Dans ce flou. Dans ce qui n’a pas encore de mots.
On confond souvent écoute et jugement
Dès qu’une émotion apparaît, le réflexe est rapide : est-ce normal ? est-ce justifié ? est-ce que je devrais ressentir ça ? Ce filtre coupe l’écoute. On ne laisse pas l’expérience exister, on la passe au crible.
Écouter ce qui se passe en soi demande une suspension du jugement. Pas pour approuver, ni pour s’y complaire, mais simplement pour laisser être. Une émotion écoutée sans commentaire s’apaise souvent d’elle-même. Une émotion jugée s’installe.
Le bruit du quotidien couvre l’essentiel
Les journées sont pleines. Sollicitations, écrans, discussions, obligations. Tout cela laisse peu de place à ce qui se passe à l’intérieur. Non pas parce que c’est inaccessible, mais parce que c’est discret. Et le discret disparaît facilement dans le bruit.
Apprendre à s’écouter ne demande pas forcément du temps en plus. Cela demande parfois juste d’arrêter de remplir chaque interstice. Laisser un silence. Une pause. Un moment sans distraction immédiate.
Écouter ne signifie pas tout analyser
Il y a une tentation forte à vouloir comprendre immédiatement ce que l’on ressent. À chercher une cause, une solution, une action à entreprendre. Mais l’écoute n’est pas une analyse. C’est une présence.
Parfois, ce qui se passe en soi n’a pas besoin d’être résolu. Juste reconnu. Sentir que quelque chose est lourd, ou fragile, ou tendu suffit déjà à modifier la relation que l’on entretient avec soi-même.
Cette écoute change la façon de vivre
Quand on commence à écouter ce qui se passe en soi, même maladroitement, quelque chose s’ajuste. Les décisions deviennent plus justes. Les limites apparaissent plus clairement. On se force un peu moins, on se respecte un peu plus.
Ce n’est pas une transformation spectaculaire. C’est un déplacement subtil. Mais ce déplacement change la manière d’habiter ses journées.
Apprendre à écouter ce qui se passe en soi, ce n’est pas se replier sur soi ni chercher des réponses compliquées. C’est accepter d’être en relation avec son monde intérieur tel qu’il est, sans le corriger en permanence.
Dans un monde qui pousse à réagir vite, à produire, à expliquer, cette écoute-là est peut-être l’un des rares espaces où l’on peut simplement être. Et parfois, cela suffit déjà à remettre un peu de justesse dans le reste.
La rédaction