Et l’aventure n’est plus ambiguë. Elle est consciente. On admire aujourd’hui les entrepreneurs. Peut-être pour notre courage. Peut-être pour cette forme de folie : oser avancer en eaux troubles. Mais ce que l’on voit moins, c’est le prix intérieur. Car l’entrepreneuriat ne m’a pas donné la liberté. Il m’a appris à la construire.
En 19 ans, j’ai obtenu mon MBA. Pas celui d’une école prestigieuse. Le mien : Master of Doing Business in Africa. J’ai entrepris à Kinshasa, à Brazzaville, à Bamako, à Abidjan. J’ai travaillé avec des clients dans une vingtaine de pays.
J’ai formé des milliers de personnes, en français comme en anglais. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas devenu plus facile. C’est moi qui suis devenue plus forte. Comptes gelés. Banque en faillite avec l’argent de la société. Clients insolvables. Vols internes. Décès de collaborateurs. Redressement fiscal. Fins de mois difficiles. Découragement, désillusion, désespoir.
J’ai connu les sommets. J’ai connu les silences lourds de fin de journée. Et pourtant… je suis encore là. Debout. Engagée. Enthousiaste. Parce que la résilience n’est pas un talent. C’est une décision répétée. Ce qui me donne de la force, en tant que femme, sœur et mère, ce n’est pas le regard du monde.
C’est la conviction que mon travail a du sens. Que j’ai un impact. Que je participe, à ma mesure, à transformer positivement le narratif du continent. Et quand la mission est plus grande que l’ego, on tient. La réalité des femmes entrepreneures africaines est rude. La majorité n’a pas accès : au capital, aux réseaux, aux marchés. Je l’ai vécu. Alors j’ai compris une chose essentielle : on ne transforme pas un système seule. Avec trois femmes extraordinaires, nous avons cocréé Impact Hub Abidjan. Depuis sept ans, nous avons accompagné plus d’un millier d’entrepreneurs. Près de 70 % sont des femmes.
Mais accompagner ne suffisait pas. Parce que le talent sans financement reste fragile. Alors, grâce au mentorat du Women Investment Club Sénégal, nous avons lancé le Women Investment Club Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, nous faisons partie de WIC Capital, un fonds qui finance des projets portés par des femmes. Ce n’est pas une réussite personnelle. C’est une réponse collective.
Si je partage cela, ce n’est pas pour raconter mon histoire. C’est pour rappeler une vérité que nos mères connaissaient déjà : seules des actions collectives et fédératrices permettent de surmonter les défis spécifiques de l’entrepreneuriat féminin. Personne ne s’en sort seule dans son coin.
La sortie de crise-cette forme discrète de réussite des entrepreneurs-commence souvent par une chose simple : oser dire “j’ai besoin d’aide”. Et découvrir que l’aide la plus précieuse n’est pas toujours financière. Elle est souvent stratégique. Mentorale. Relationnelle.
Mesdames, osez. Mais ne vous isolez pas. Et lorsque la route est fermée, lorsque les obstacles semblent interminables, n’ayez pas peur de changer de chemin, ni de vous reposer.
Un détour n’est pas un échec. C’est parfois une stratégie. Rappelez-vous simplement ceci : si vous tenez, un jour, ça ira.
Nabou Fall
Coach en leadership et communication transformationnelle, contributrice