Professionnelle depuis 2017, Kadidja Tiemanta s’est formée entre le Mali, le Sénégal et le Burkina Faso. Elle incarne aujourd’hui une génération d’artistes africains qui envisagent la danse à la fois comme un art, un métier et un levier de transformation sociale.
Une vocation soutenue, jamais imposée
Le parcours de Kadidja Tiemanta s’est construit sans opposition entre études et passion. Diplômée d’un Master II en danse du Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté, elle a bénéficié du soutien de parents qui ont toujours veillé à concilier épanouissement artistique et réussite académique.
« Ils ont été à l’écoute de ce que j’avais envie de faire », confie-t-elle. Une écoute précieuse, qui lui permet de mener de front études universitaires et formation artistique.
Elle suit des formations à l’Ecole des Sables au Sénégal, mais aussi au Centre de développement chorégraphique la Termitière au Burkina Faso, au centre Don Sen Folo Lab à Bamako et au Brésil dans le cadre de la rencontre artistique Glomus Camp.
Avant de se consacrer pleinement à la danse, Kadidja s’imaginait pourtant ailleurs, notamment dans la communication, le journalisme ou encore l’interprétariat. Des chemins possibles, finalement supplantés par l’évidence du corps en mouvement. Aujourd’hui, elle vit de la danse, de la chorégraphie et de l’entrepreneuriat culturel et affirme une trajectoire construite avec lucidité et détermination.
Entre tradition et création contemporaine
L’univers chorégraphique de Kadidja se déploie à la croisée des influences : danse traditionnelle, contemporaine et urbaine, à travers un mélange qui reflète les dynamiques actuelles du continent, entre héritage et réinvention.
Mais cette hybridation ne va pas sans questionnements. La danseuse alerte sur les dérives possibles dans la transmission des danses patrimoniales : « Il y a des gens qui prennent les danses sans connaître leur histoire ». Pour elle, certaines danses nécessitent une compréhension profonde de leur contexte, de leurs rituels, avant d’être enseignées ou diffusées.
Dans le même temps, cette passionnée de l’art observe une jeunesse avide d’apprendre et de créer. Une énergie prometteuse, freinée toutefois par un manque d’infrastructures : espaces de création, diffusion, accompagnement. Un constat lucide qui met en lumière les défis structurels du secteur.
Danser, mais aussi structurer
Au-delà de la scène, Kadidja est aussi une actrice engagée
dans l’organisation culturelle. Elle est à la tête de l’association Anka Donko,
poursuivant ainsi un travail de fond pour soutenir la création chorégraphique.
La native de Yamoussoukro (centre de la Côte d’Ivoire) a été interprète dans les créations Le Sacre du Printemps (Compagnie Pina Bausch), « Legacy » de Nadia Beugré (Côte d’ivoire) lors du Fari Foni Waati #2 ; Sans titre de Taoufiq Izeddiou (Maroc) lors du Fari Foni Waati #3 ; « In the Box » de Nikoko YAO (Côte d’ivoire).
Sa présence au MASA 2026 s’inscrit dans cette dynamique : réseauter, créer des ponts, imaginer des collaborations, mais aussi repérer de nouveaux talents à inviter au Mali.
« C’est un espace de rencontres et d’opportunités », résume-t-elle. Kadidja a aussi été assistante pédagogique et artistique dans l’équipe de la 5e édition du Festi-Lab Fari Foni Waati (FFW) 2021 et est devenue co-directrice artistique de FFW #8 en 2024 avec le performeur chorégraphe ivoirien Christian Romain Kossa.
La danse comme enjeu politique
À la question du public idéal, Kadidja refuse de choisir. Enfants ou décideurs, chaque regard compte. Mais derrière cette réponse, une conviction forte se dessine : la danse doit être reconnue comme un véritable secteur économique.
« Le métier de danseur est un métier à part entière », insiste-t-elle. Un appel à l’attention des décideurs, souvent encore éloignés des réalités du terrain. Pour la lauréate du concours solo panafricain Africa Simply the Best 2023, investir dans la danse, c’est aussi investir dans l’emploi des jeunes et dans le rayonnement culturel.
Une trajectoire en mouvement
Soutenue dans sa vie personnelle par un partenaire qui partage et comprend son univers artistique, Kadidja avance sans compromis entre vie intime et carrière. Une stabilité qui lui permet de continuer à voyager, créer et transmettre.
Le parcours de Kadidja rappelle une vision de la danse africaine contemporaine qui se dessine : ancrée dans ses racines, consciente de ses enjeux et résolument tournée vers l’avenir.
Richard Konan