On parle beaucoup de la peur d’échouer. Mais il existe une autre peur, plus discrète : celle de réussir. Elle peut sembler paradoxale, surtout chez une personne ambitieuse. Après tout, pourquoi aurait-on peur d’obtenir ce que l’on désire ?
Parce que réussir signifie aussi changer. Plus de responsabilités, davantage de visibilité, de nouvelles attentes ou encore la peur de ne pas être capable de maintenir ce que l’on a obtenu. Parfois, sans même s’en rendre compte, on peut alors commencer à se mettre des bâtons dans les roues.
Quand l’ambition ne suffit plus
Être ambitieux ne signifie pas être
constamment sûr de soi. On peut avoir envie d’aller loin tout en craignant ce
qui pourrait arriver une fois le cap franchi.
C’est justement ce paradoxe qui rend la peur
de réussir difficile à identifier. Elle ne ressemble pas toujours à une peur
évidente. Elle peut prendre la forme d’une procrastination répétée, d’un
perfectionnisme excessif ou d’une tendance à abandonner un projet lorsqu’il
commence enfin à prendre de l’ampleur.
Le problème n’est donc pas forcément de ne pas
vouloir réussir. Il peut parfois s’agir de redouter ce que cette réussite va
changer dans sa vie.
Les signes qui montrent que vous avez peut-être peur de réussir
La peur de réussir ne se manifeste pas
toujours clairement. Il ne s’agit pas forcément de se dire : « Je ne veux pas
réussir. » Bien souvent, elle se cache derrière des comportements que l’on
attribue simplement à un manque de discipline ou de confiance en soi.
Vous repoussez constamment les moments importants
Vous avez une idée, un projet ou un objectif
qui vous tient à cœur. Vous savez ce qu’il faudrait faire, mais vous trouvez
toujours une bonne raison d’attendre.
Demain, lorsque vous aurez plus de temps. La
semaine prochaine, quand vous serez mieux préparé. Plus tard, quand les
conditions seront parfaites.
Le problème, c’est que ces conditions
parfaites arrivent rarement.
Vous cherchez tellement à bien faire que vous n’avancez plus
Le perfectionnisme peut donner l’impression
d’être une qualité. Pourtant, lorsqu’il devient une excuse pour ne jamais
commencer ou terminer quelque chose, il peut devenir un véritable frein.
Vous voulez que votre projet soit parfait
avant de le présenter. Vous attendez d’avoir toutes les compétences avant de vous
lancer. Vous corrigez encore et encore les détails au lieu de passer à l’étape
suivante.
À force de vouloir éviter l’erreur, vous
finissez parfois par éviter l’action.
Vous abandonnez lorsque les choses commencent à fonctionner
C’est peut-être l’un des signes les plus
troublants.
Vous travaillez sur un projet pendant des
mois. Les premiers résultats arrivent enfin. Des personnes commencent à
remarquer votre travail. Une nouvelle opportunité se présente.
Et soudain, le doute apparaît.
Vous commencez à vous demander si vous êtes
vraiment capable de continuer, si vous méritez cette place ou si vous serez à
la hauteur des nouvelles attentes.
Certaines personnes peuvent alors ralentir,
prendre leurs distances ou même abandonner au moment où elles commencent
justement à progresser.
Vous avez peur du regard des autres
Réussir, c’est aussi devenir plus visible.
Une promotion, une entreprise qui fonctionne,
un projet qui rencontre du succès ou une nouvelle responsabilité peuvent
attirer davantage de regards. Et avec ces regards peuvent apparaître les
critiques, les comparaisons ou la peur de décevoir.
Pour certaines personnes, rester dans une
situation familière semble alors plus rassurant que de s’exposer à un niveau
supérieur de réussite.
Vous trouvez toujours une raison de ne pas
vous lancer
« Je ne suis pas encore prêt. »
« Il me manque encore quelque chose. »
« Ce n’est pas le bon moment. »
Ces phrases peuvent parfois être légitimes.
Mais lorsqu’elles se répètent systématiquement face aux opportunités
importantes, elles méritent d’être interrogées.
La question n’est pas de savoir si vous avez
peur. La vraie question est de comprendre ce que cette peur essaie de vous
dire.
Pourquoi peut-on avoir peur de réussir ?
À première vue, cela semble contradictoire. Si
l’on travaille dur pour atteindre un objectif, pourquoi aurait-on peur de
l’obtenir ?
Parce que la réussite ne représente pas
uniquement une récompense. Elle peut aussi être synonyme de changement, de
responsabilités et de nouvelles attentes. Et ce sont parfois ces conséquences
qui inquiètent.
La peur de ne pas être à la hauteur
Tant que vous n’avez pas encore réussi, vous
pouvez toujours vous dire que vous en êtes capable.
Mais lorsque l’opportunité arrive réellement,
la question change :
« Et si je n’étais finalement pas à la hauteur
? »
Une promotion, un nouveau poste, le lancement
d’une activité ou la reconnaissance de son travail peuvent faire naître cette
inquiétude. On ne craint plus seulement l’échec. On commence à craindre de ne
pas réussir à maintenir le niveau attendu.
La peur d’avoir davantage de responsabilités
Réussir signifie souvent devoir gérer
davantage de choses.
Plus de responsabilités professionnelles, plus
de décisions à prendre, parfois plus de personnes qui comptent sur vous. Ce
changement peut être excitant, mais aussi déstabilisant.
Certaines personnes préfèrent alors,
consciemment ou non, rester dans une zone qu’elles connaissent plutôt que de
s’aventurer dans une situation où elles devront assumer davantage.
Le regard des autres peut aussi peser
Lorsque l’on progresse, les regards changent.
Des proches peuvent avoir de nouvelles
attentes. Des collègues peuvent vous comparer à d’autres. Votre entourage peut
vous poser davantage de questions sur vos choix ou vos résultats.
La peur d’être jugé, critiqué ou de ne plus
correspondre à l’image que les autres avaient de vous peut alors devenir un
frein.
Et parfois, ce regard n’est même pas réel :
c’est celui que l’on imagine dans sa propre tête.
La réussite oblige à sortir de ses habitudes
Même lorsqu’une situation ne nous satisfait
pas totalement, elle reste familière.
On connaît ses habitudes, ses difficultés, ses
limites et son environnement. Réussir implique souvent de quitter cette
routine.
Or, notre cerveau peut naturellement préférer
ce qui est connu à ce qui est nouveau, même lorsque le changement pourrait être
positif.
C’est pourquoi une personne peut désirer
profondément une nouvelle vie et, au moment où celle-ci devient possible,
ressentir une envie de faire marche arrière.
Et si le problème n’était pas la réussite ?
C’est là que le paradoxe devient intéressant.
On peut ne pas avoir peur de l’objectif
lui-même, mais de tout ce qu’il représente : devenir plus visible, prendre
davantage de responsabilités, changer ses habitudes ou devoir répondre à de
nouvelles attentes.
Comprendre cette distinction peut déjà
permettre de prendre du recul.
Car avant de combattre une peur, encore
faut-il savoir de quoi l’on a réellement peur.
Comment arrêter de s’auto-saboter quand on a peur de réussir ?
Identifier ses blocages est une première
étape. Mais comprendre que l’on peut avoir peur de réussir ne suffit pas
toujours à changer ses habitudes.
Le but n’est pas de faire disparaître toute
peur avant d’agir. Il s’agit plutôt d’apprendre à avancer malgré elle.
Identifiez ce qui vous fait réellement peur
Commencez par une question simple :
« Si je réussis vraiment, qu’est-ce qui
pourrait changer dans ma vie ? »
La réponse peut surprendre.
Vous pouvez avoir peur de décevoir, de devoir
travailler davantage, d’être davantage exposé ou simplement de ne plus pouvoir
revenir à votre ancienne situation.
Mettre des mots précis sur cette inquiétude
permet déjà de sortir du vague « je n’y arrive pas ».
Arrêtez d’attendre de vous sentir parfaitement prêt
Il est tentant de vouloir tout maîtriser avant
de se lancer.
Mais attendre d’avoir toutes les compétences,
toutes les réponses et une confiance absolue peut devenir une manière de
repousser indéfiniment le passage à l’action.
Commencez avec ce que vous avez aujourd’hui.
Améliorez ensuite.
La confiance ne précède pas toujours l’action.
Elle peut aussi se construire grâce à elle.
Découpez vos objectifs
Un grand objectif peut rapidement devenir
intimidant.
Au lieu de penser uniquement au résultat
final, concentrez-vous sur la prochaine étape concrète : envoyer ce dossier,
publier ce contenu, appeler ce client, terminer cette formation ou consacrer
une heure à votre projet.
Chaque petite avancée réduit la distance entre
l’intention et l’action.
Acceptez de ne pas tout contrôler
La réussite ne garantit pas que tout se
passera comme prévu.
Vous pouvez progresser et rencontrer de
nouvelles difficultés. Vous pouvez obtenir une opportunité et découvrir ensuite
que vous devez encore apprendre.
Accepter cette réalité permet de ne plus
considérer chaque erreur comme une preuve que l’on n’est pas à la hauteur.
Faites attention aux excuses qui se répètent
Une excuse ponctuelle n’est pas forcément un
problème.
Mais si vous utilisez toujours le même
argument dès qu’une véritable opportunité se présente, prenez quelques minutes
pour l’examiner.
Est-ce réellement un obstacle ou une manière
de rester dans une situation confortable ?
Cette question peut être inconfortable, mais
elle permet parfois de repérer un mécanisme d’auto-sabotage.
Ne confondez pas peur et incapacité
Avoir peur avant une grande étape ne signifie pas que vous êtes incapable de la franchir. Vous pouvez être inquiet et compétent. Vous pouvez douter et continuer. Vous pouvez ne pas vous sentir prêt et pourtant apprendre en chemin.
L’objectif n’est donc pas de devenir quelqu’un qui n’a plus peur. C’est de ne plus laisser systématiquement la peur décider à votre place. Vous avez peut-être moins peur de réussir que de changer
On imagine souvent que seules les personnes
qui doutent de leurs capacités ont peur d’avancer. Pourtant, l’ambition et la
peur peuvent parfaitement coexister.
Vous pouvez avoir de grands projets et, malgré
tout, hésiter lorsque l’occasion de les réaliser se présente. Vous pouvez
vouloir évoluer tout en redoutant les responsabilités, le regard des autres ou
les changements qui accompagneront cette évolution.
Le plus important est donc de ne pas
interpréter chaque hésitation comme un manque d’ambition ou de volonté.
Si vous avez tendance à repousser certaines
opportunités, à rechercher constamment la perfection ou à abandonner lorsque
les choses commencent à fonctionner, prenez le temps de vous demander ce qui se
joue réellement.
Et si ce qui vous bloque n’était pas la peur
d’échouer, mais la peur de découvrir jusqu’où vous pouvez réellement aller ?
La réussite n’exige pas de ne plus avoir peur.
Elle demande parfois simplement de ne pas laisser cette peur choisir à votre
place.
La rédaction