Le temps d’un café présente l’histoire de Mafa qui souffre d’un cancer. Selon les prédictions des médecins, il lui reste 24 heures à vivre. En attendant, il veut passer ses dernières heures aux côtés de celle qu’il aime, boire du café, revisiter son parcours, ses amours impossibles et ses batailles intérieures...
Dans Le temps d’un café, l’écriture d’Abdala n’est pas seulement un simple ornement, c’est un acte de désobéissance face à la finitude. Comme pour dire : tant qu’une phrase se construit, se prolonge, la mort peut attendre dans le couloir. Dans le style poétique qu’on lui connaît, il donne du temps à Mafa. Le temps de mobiliser ses sens pour observer, sentir et savourer son café, afin de découvrir toute sa richesse aromatique. Prendre son temps pour regarder, admirer, vivre tranquillement ses derniers instants dans un monde qui court, en compagnie de son amour.
Le temps d’un café est bâti comme un puzzle que le lecteur doit recomposer, comme on rassemble une existence. Mais pourquoi le café ? Le jazz de Mile Davis ? Ces réflexions et références philosophiques et ces sagesses malinkés ? Pour donner de la légèreté aux choses graves. Abdala sait délicatement observer, déduire et décrire la nature humaine. Celle de Mafa qui survit, contrairement à ce que la médecine avait prédit. Mais ne meurt-il pas quand même un peu quand sa bien-aimée, celle sur qui il pouvait reposer, décède ?
Comme on le voit, Abdala prend ici prétexte de son roman pour explorer un territoire aussi délicat que banal : la mort… Et son écriture devient pour lui une manière de maintenir la mort présente et, d’une certaine façon, de la maîtriser.
In fine, c’est Mafa qui l’apprend à ses dépens. Car rien n’est plus réel dans la vie que la mort.
A la vérité, il n’est pas ici question d’organiser ses
propres funérailles, mais plutôt d’apaiser son environnement et ses peurs.
L’histoire de Mafa nous questionne sur la mort, et change notre regard sur la
vie.
Ainsi, Abdala célèbre-t-il la vie, sans nier la présence de la mort. Il veut donner espoir à tous ceux qui souffrent et à qui on prédit l’imminence d’une fin.
Le temps d’un café nous encourage à « dépasser la mort », selon la belle expression de Watthee-Delmotte. Et au fil des pages, Abdala nous laisse percevoir que résister à la mort, ce n’est pas nier qu’elle existe, c’est choisir de ne pas lui céder.
C’est s’accrocher à la lumière du matin et à la bonne senteur du café.
Serge Grah
Journaliste et Écrivain
serge_grah@yahoo.fr
Le temps d’un café, Abdala
Editions Eburnie, 220 pages, 2025.