Yapo Landry, un père face aux défis de l'autisme
Yapo Landry
est le père du petit Osias Paul, un enfant de neuf ans souffrant d’autisme. Il
est non verbal. Après avoir débuté son cursus scolaire à la maternelle, le
gamin n’a pu poursuivre ses études. Son père en donne les raisons dans un récit
plein d’émotion.
« A l’inscription,
j’ai signalé son état. L’administration de l’école m’a rassuré. Mon enfant a
juste passé une demi-journée dans cette école. Les responsables ont appelé ma
femme pour lui dire de venir le chercher. L’école nous a restitué les frais
d’inscription sous prétexte que l’enfant n’est pas stable et bouge beaucoup »,
se souvient M. Yapo.
Pourtant,
raconte-t-il, tout avait bien commencé. À la maternelle, les encadreurs d’Osias
n’hésitaient pas à passer un coup de fil à Yapo Landry afin de prendre des
nouvelles de son fils.
« Nous
étions déjà préparés. En tant que parent, voir son fils être retiré de l’école suscite
beaucoup d’interrogations. C’est déchirant de voir Osias poser des questions
quand ses amis vont à l’école », regrette le père de famille.
Après cet
épisode, M. Yapo refuse de se laisser abattre. Il se lance à la recherche d’une
nouvelle école qui voudra bien accepter son gamin.
« Je suis
allé voir une école à Yopougon. Malheureusement, le coût de la scolarité était
élevé pour ma bourse. Pour la classe de CP1, elle vacille entre 300 000 et 400
000 francs CFA », témoigne le papa d’Osias d’une voix amère.
Si à l’école
Osias n’a pas été accepté, à Yopougon où il vit avec ses parents, les voisins
ne l’ont pas rejeté. Mais pour cela, M. Yapo et les siens ont dû se retrousser
les manches.
« Au
quartier, mon fils joue avec ses camarades. Personne ne le fuit. Nous sommes
intervenus auprès des habitants pour leur faire comprendre qu’il n’est pas
dangereux et que son état n’est pas contagieux. C’est un handicap », nous
confie Yapo Landry.
Osias vivait difficilement sa sortie de l’école. Le jeune garçon, habitué à emprunter le chemin de l’école chaque matin, refusait d’accepter cette nouvelle vie. Finalement, ses parents ont pu lui faire entendre raison. « Le seul espoir que nous avons se trouve dans une école spécialisée. Nous allons tenter de l’inscrire à la prochaine rentrée scolaire. Il y a une nette amélioration dans son comportement », dit le père d’Osias avec détermination.
Chris Désiré, l'innocence en quête d'une éducation
Mme Magouri,
présidente de l’Association Parents au cœur bleu, se souvient du premier jour
de son fils Chris Désiré à l’école en 2012. « On l’a inscrit à la maternelle. Comme
tous les enfants de son âge, il pleure les premiers jours. Mais la différence
entre lui et les autres enfants, c’est que Chris Désiré pleure plus que les
autres enfants. Il ne s’arrête pas de pleurer », déclare la mère.
À ce moment,
il n’avait pas encore été détecté de signes d’autisme chez son garçonnet. «
Très rapidement, les enseignants arrivent à détecter certaines différences.
C’est-à-dire, l’enfant n’a pas le regard figé. Il n’y a pas de coordination
dans ses gestes », ajoute-t-elle.
C’est le fait
d’avoir inscrit Chris Désiré à l’école qui a permis à ses parents de comprendre
que l’enfant avait un problème. « L’autisme n’est pas détectable de manière
visuelle. Un enfant uniquement autiste ne présente aucun signe physique
visible. C’est un enfant ordinaire, mais qui au moment de parler peut avoir un
retard de langage », clarifie la présidente de l’Association Parents au cœur
bleu. Jusqu’à présent, Chris Désiré ne présente aucun signe visible de
l’autisme, précise-t-elle.
Tout comme
Yapo Landry, Mme Magouri a été confrontée à des difficultés pour scolariser son
fils. « Quand on met un nom sur ce qui mine l’enfant, dans le détail, on arrive
à percevoir la différence entre l’enfant ordinaire et l’enfant autiste. L’école
ordinaire, actuellement, n’étant pas outillée pour accepter un enfant qui ne
peut pas s’asseoir plus de dix minutes, qui ne parle pas, alors qu’il a l’âge
de parler, qui ne parvient pas à tenir un stylo, cela devient un trop-plein
d’efforts pour les enseignants », commente la mère de Chris Désiré.
Chris André
est allé à l’école jusqu’en classe de CP2 sous assistance d’une AVS (Auxiliaire
de vie scolaire), une aidante à plein temps dans le cursus scolaire, en plus de
l’enseignant. Il lui a fallu huit ans de scolarisation pour atteindre ce niveau
scolaire.
« Quand il a
atteint la préadolescence, il fallait maintenant chercher pour lui le centre
d’intérêt pour pouvoir l’accompagner. Ce n’est pas facile. Nous sommes encore
dans la recherche de son centre d’intérêt. Voici pourquoi il ne part plus à
l’école », explique maman Magouri.
La famille
de Chris Désiré a dû changer ses habitudes dès que des signes d’autisme ont été
détectés chez le garçon. « D’abord, au niveau de l’acceptation de la différence
de l’enfant, mais aussi son intégration. Il ne fallait pas le rejeter du cocon
familial », poursuit Mme Magouri.
Par
ailleurs, au niveau de l’école, il y a des dispositions à prendre pour
pérenniser la scolarisation de l’enfant.
Quelle école pour un enfant autiste ?
«
Généralement, quand on a un enfant différent, on pense à le mettre dans une
école spécialisée, surtout pour les enfants autistes. En effet, c’est le lieu
idéal pour avoir des prérequis à la scolarisation », soutient Mme Magouri. Le
premier critère pour elle, c’était que l’école ne soit pas loin de la maison
familiale. Elle voulait aussi un établissement scolaire où les classes ne sont
pas en sureffectif.
« Ma plus
belle expérience en termes de scolarisation de mon fils, c’était dans une école
publique », avoue-t-elle.
Elle fait
remarquer qu’en Côte d’Ivoire, malheureusement, l’école spécialisée n’a pas de
débouché de suivi. « Il n’y a qu’un seul ministère qui décerne les diplômes, en
l’occurrence, le ministère de l’Education nationale », dit-elle.
Inscrire un
enfant autiste dans une école spécialisée répond au souci de corriger le
handicap ou aider l’enfant à intégrer les structures ordinaires de
scolarisation. Cependant, ce n’est pas ce qui se fait en Côte d’Ivoire,
regrette Mme Magouri.
Elle pense
qu’amener un enfant autiste dans un centre spécialisé, c’est protéger d’autres
enfants qui n’ont pas ce handicap. « On ne cherche pas à faire connaître ou à
faire valoir les capacités de l’enfant autiste en espérant le scolariser dans
le système ordinaire en leur donnant la chance de vivre. Ce n’est pas ce qui
est fait », continue la maman de Chris Désiré.
À l’instar
de la famille Yapo, Mme Magouri a connu la frustration devant le refus de
certains établissements scolaires d’accueillir son enfant. « Ce sont des choses
qui blessent, qui choquent beaucoup de parents d’enfants autistes. La vie est
structurée d’une manière qui ne change pas. De 0 à 3 ans, l’enfant reste à la
maison. À trois ans, il est censé aller à l’école. Pour le parent, inscrire un
enfant, même pour d’autres qui ont dû payer toute la scolarité, et on appelle
pour dire que ton enfant dérange, et qu’on ne peut pas le garder, en tant que
parent, on se pose des questions », affirme la dame avec beaucoup d’émotion.
Les parents
d’enfants autistes sont confrontés au rejet de scolarisation, au refus et à la
déscolarisation de leurs enfants. « Le maintien en scolarisation est un
véritable défi pour nous les parents », mentionne-t-elle.
Une autre difficulté pour les parents d’enfants autistes réside dans les nombreux bilans de santé à réaliser. Toutefois, ces examens ne sont pas développés dans notre pays. Dans le cas de Chris Désiré, c’est tardivement que ses parents ont découvert qu’il souffrait d’une déficience intellectuelle. Selon la présidente de l’Association Parents au cœur bleu, 5 % d’enfants autistes souffrent de déficience intellectuelle.
Les
histoires poignantes de Yapo Landry et Mme Magouri mettent en lumière les
luttes quotidiennes et les sacrifices que les parents d'enfants autistes
doivent mener pour offrir à leurs enfants une éducation adéquate. Elles
montrent aussi que le système éducatif ivoirien n’est pas suffisamment préparé
pour accueillir les enfants autistes, avec un manque criant de structures
adaptées.
Les parents se retrouvent souvent isolés, confrontés à des rejets répétés et à une absence de soutien institutionnel. Pourtant, leur persévérance témoigne d'un amour inconditionnel et d'un espoir indéfectible de voir leurs enfants intégrés et épanouis.
Richard
Konan