Pour une escapade d’une semaine environ, nous avons emprunté le circuit Sud-Est–Nord-Est baptisé « Merveilles et traditions sur la route des Rois ». Cet itinéraire relie Abidjan, Adzopé, Abengourou, Agnibilékrou et Bondoukou. Il fait partie des sept parcours touristiques structurés par l’État ivoirien depuis 2021 pour valoriser les richesses du pays auprès des voyagistes et tour-opérateurs.
Début juin, nous avons suivi cette route à la découverte de quelques-uns de ses trésors culturels et naturels.
Randonnée sur le mont Mafa et immersion chez les komians
À
quelque 70 kilomètres d’Abidjan, le voyage débute à
Adzopé, dans la région de la Mé, plus précisément à Bécédi-Brignan.
L’ascension du mont Mafa Mafou constitue l’un des moments marquants de l’étape. Entre randonnée et spiritualité, cette excursion attire chaque année de nombreux visiteurs. Selon les croyances locales, les voeux formulés au sommet des deux monts ou après un bain dans l’étang voisin finissent par être exaucés.
Le lendemain, en route vers Abengourou, une halte est effectuée à Anianssué. Après les civilités d’usage à la cour du chef de canton, Nanan Andoh II, les visiteurs découvrent l’univers singulier des Komians.
Au rythme des tam-tams et des grelots, de jeunes filles vêtues de blanc et couvertes de kaolin exécutent des danses initiatiques. Elles se préparent à devenir Komians, intermédiaires entre le monde visible et celui des esprits.
Cette école traditionnelle, qui transmet ce savoir depuis plus d’un quart de siècle, demeure aujourd’hui un symbole de résistance culturelle. Située à 22 kilomètres d’Abengourou, elle illustre la capacité des traditions ancestrales à cohabiter avec les réalités contemporaines.
Guérisseuses, conseillères, sages-femmes ou prêtresses, les Komians ont longtemps occupé une place centrale dans l’organisation sociale. Malgré les mutations de la société moderne, elles continuent de jouer un rôle de cohésion et de régulation au sein des communautés.
L’Indénié et le Djuablin au rythme des traditions royales
Pour comprendre l’histoire des royaumes de l’Est ivoirien, une escale à Abengourou s’impose. Dès l’arrivée à la cour royale de l’Indénié, les visiteurs sont accueillis dans la plus pure tradition agni. Les sonorités du Kinian-Kpli, le tambour parleur, accompagnent les pas de l’Abodan et plongent les hôtes dans un univers où l’histoire demeure vivante.
La découverte se poursuit au musée Dieth et au Conservatoire régional des arts et métiers d’Abengourou (CRAMA). Arts plastiques, musique et théâtre y sont enseignés à de jeunes talents qui perpétuent l’héritage culturel de la région. Une illustration concrète du rôle de la culture dans le développement touristique.
À Agnibilékrou, le séjour prend une dimension plus solennelle avec la rencontre de Sa Majesté Nanan Tigori Gnamin, 14e roi du Djuablin.
Porté sur un hamac dansant, le souverain fait une entrée spectaculaire, marquée par les messages codés du tambour parleur. Tout au long de la cérémonie se succèdent danses, chants et évocations historiques. Les visiteurs découvrent notamment le Sidah, l’Anouanzê, l’Ahemie — poésie chantée marquant le passage à l’âge adulte des jeunes filles — ainsi que la reconstitution du Tobo, rite destiné à déterminer les circonstances d’un décès.
À travers les récits des gardiens de la tradition, se dessine l’histoire d’un royaume bâti sur les alliances entre peuples et porté par une devise toujours actuelle : « Unité, Fraternité et Paix ».
Amanvi, mémoire vivante du peuple Abron
L’étape suivante conduit à Amanvi, dans le département de Tanda. Capitale politique du peuple Abron, cette localité constitue un important centre de conservation des traditions. Reçu par Sa Majesté Nanan Adingra Kouassi Adjiman, 17e roi du peuple Brong, notre délégation bénéficie d’une véritable leçon d’histoire sur les origines, l’organisation sociale et les valeurs de cette communauté akan.
Le souverain rappelle notamment la particularité de ce royaume transfrontalier, partagé entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, dont les provinces se succèdent à la tête du pouvoir selon une alternance dynastique bien établie.
Soko et Bondoukou, entre nature et héritage historique
À quelques kilomètres de Bondoukou, le village de Soko offre une expérience singulière. Ici, les habitants cohabitent depuis des générations avec une importante colonie de singes. La localité abrite également une rivière artificielle peuplée de silures sacrés portant des anneaux de cauris.
Selon la tradition orale, cette relation particulière serait née de la rencontre entre le fondateur du village et un singe qui l’aurait accompagné au cours de ses expéditions de chasse.
Malgré les effets du changement climatique, les difficultés sociales et les insuffisances infrastructurelles, Soko demeure l’un des sites les plus originaux de l’Est ivoirien.
Sa réhabilitation figure parmi les priorités de la stratégie nationale « Sublime Côte d’Ivoire », qui vise à renforcer son attractivité.
Le périple s’achève à Bondoukou, la célèbre cité aux mille mosquées.
Capitale du Gontougo, la ville témoigne de la coexistence harmonieuse de nombreuses communautés : Abron, Koulango, Nafana, Ngbin, Malinké et populations venues d’autres horizons.
Au fil des rencontres, des traditions observées et des patrimoines découverts, ce voyage révèle toute la richesse de l’Est ivoirien. Bien plus qu’un simple itinéraire touristique, cette route est une plongée dans la mémoire des peuples, leurs croyances et leurs modes de gouvernance.
Une invitation à découvrir une Côte d’Ivoire où histoire, culture et nature continuent de dialoguer avec le présent.
Rémi Coulibaly
Journaliste chef de service Médias Ministère du Tourisme et des Loisirs