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Espoir : la quête identitaire de Djaili Amadou Amal

Après ses œuvres à succès, dont Les Impatientes (Prix Goncourt des Lycéens 2020), l’écrivaine camerounaise, Djaili Amadou Amal se replace au-devant de la scène littéraire avec Espoir. Un récit autobiographique, entre mémoire, identité et transmission.

il y a 3 heures

De Walaandé, l’art de partager un mari (2010), à Le Harem du roi (2024), Djaili Amadou Amal a dénoncé le mariage forcé, la polygamie, les violences faites aux femmes, tous ces mécanismes d’oppression systémique qui avilissent la femme. Avec Espoir, son dernier-né, la romancière camerounaise a décidé d’explorer une thématique plus personnelle : celle de son identité.

Djaili Amadou Amal abandonne, le temps de ce récit, la fiction d’observation sociale pour l’introspection. Elle s’attaque à un sujet universel, mais profondément singulier : la construction d’une identité entre deux mondes. Le voile est ainsi levé sur ses propres origines. Prenant prétexte de ce dernier livre pour raconter la petite fille née à Maroua, d’un père camerounais et d’une mère égyptienne. « Amal », qui signifie espoir en arabe, est tiraillée entre ses deux héritages.

Le récit s’offre au lecteur comme un journal intime. Il nous promène dans un environnement familial complexe, et nous fait voyager entre Maroua, dans le Nord du Cameroun, berceau de la culture peule, et l’Égypte, terre maternelle.

Ce voyage n’est pas seulement nostalgique, c’est une exploration de la double culture où l’écrivaine analyse comment ces deux pôles ont façonné sa vision et son besoin d’écrire.

L’auteure souligne le métissage comme l’un des poids les plus percutants de sa construction. En effet, elle se débarrasse de l’image idéalisée du métissage, et aborde sans fard le sentiment d’étrangeté qu’il représente : toujours trop ou pas assez pour l’un des deux camps.

Djaili Amadou Amal explore ce « racisme de l’intérieur », où la différence de teint, de langue et de culture au sein même de la cellule familiale forge une personnalité de résistante. L’auteure montre combien ce sentiment de n’être nulle part devient, chez elle, le moteur d’une quête d’excellence et d’une voix singulière.

Le livre ne se contente pas de relater des faits. Il est porté par une écriture vive, sensible et parfois teintée d’humour. Espoir raconte avec justesse les joies et les tourments de cette enfant en construction, dans un monde où les identités se heurtent autant qu’elles se nourrissent. Il analyse la transition brutale de l’innocence vers la réalité des femmes sahéliennes.

C’est ainsi qu’on y découvre la genèse du combat de Djaili Amadou Amal. Pourquoi elle a choisi de porter la voix des sans voix.

Comment le silence imposé aux femmes de son entourage a nourri son cri littéraire. Comme on le voit, Espoir n’est pas un simple récit. C’est la somme des émotions d’une femme qui a décidé d’écrire son histoire. De réorienter son destin par la seule force de sa plume. Et de comprendre qu’elle porte en elle l’espoir des siens.

Serge Grah, écrivain-journaliste